Trois points clés pédagogiques pour accompagner la poussée sans forcer…

Chaque saison nous apporte son lot de découvertes, de développements et d’ajustements. L’accompagnement des enfants n’a rien d’une évidence car, à moins de vouloir modéliser leur développement, il faut en permanence s’adapter à leur propre évolution pour ne pas la freiner ni la gêner. Leur vie n’est pas la nôtre. Leurs talents leur appartiennent aussi et ils se développeront dans un environnement qui pour beaucoup ne ressemblera plus au nôtre.
Nos deux garçons montrent des aptitudes très différentes. Et, il s’agit déjà de les observer avec cette indifférence qui ne projette rien et qui ne se laisse pas obstruer le regard par des vues personnelles. Rien n’est plus utile que de passer du temps à regarder sans parti-pris tout ce qui se passe surtout en dehors des moments où nous tentons (ou sommes tentés) de faire passer (transmettre) quelque chose.
En entraînant et en ajustant notre pratique de home schooling « montessori », nous sommes parvenus à mieux observer les dispositions naturelles de nos enfants pour accompagner leur propre maturation. A trop se focaliser sur les apprentissages « classiques » (le langage et les mathématiques), on risque fort de passer à côté de toutes ces autres facultés qui naturellement peuvent être disponibles chez nos enfants. De ces mois écoulés, nous retiendrons donc 3 enseignements utiles qui  nous ont permis d’affiner notre accompagnement pour mieux guider sans gêner le développement de nos enfants.
Grégoire en 2012: une faculté d’observation soutenue « vers le haut ».

1) Observer/Regarder:

Même si on tente d’y échapper, notre culture nous incline à transmettre des modèles précis et mesurables. Avec les enfants, la tentation est alors grande de voir se dissoudre notre capacité à les observer par le jeu de notre « bonne » volonté à les « aider » dans l’acquisition des connaissances référencées par la norme scolaire. Lire, écrire et compter reste le standard de notre culture qui en se focalisant principalement sur les seules « intelligences » linguistique et mathématique court le risque de laisser de côté toutes les autres. Mais, pour un enfant qui n’a pas ces dispositions naturelles, une « pression » sur ces formes d’apprentissages peut vite finir par créer un contexte défavorable à son développement.
Maria Montessori a basé son approche pédagogique sur les observations quotidiennes qu’elles pouvaient faire des enfants. Le risque aujourd’hui pourrait être de modéliser son approche au lieu d’en poursuivre le développement en usant de cette faculté d’observation qui fut la sienne.

 

Grégoire toujours en observation soutenue d’une chenille « vers le bas ».
Le « regarder » ne relève pas d’une connaissance mais d’une faculté qui se déploie en situation. L’un de nos garçons par exemple peine à « lire pour lire » au-delà de 10-15 minutes alors qu’il est en capacité d’observer pendant parfois plus de 3 heures le déroulement d’un chantier, un vigneron travaillant dans le vignoble, un artisan sur sa machine, les détails d’une bande-dessinée ou encore comment s’y prend une personne en charge de nettoyer un vaste environnement. Ainsi, dès qu’il est en situation de déployer son regard sur des opérations pragmatiques sa patience n’a presque pas de limite.
Cette simple observation pourrait paraître anodine. Mais, elle donne des informations sur ses facultés et leurs développements possibles. Elle permet aussi de guider différemment un apprentissage tel que la lecture pour qu’elle se développe sans forcer. Ainsi, pour ne pas lui faire subir un apprentissage normé qui ne lui convient pas, nous usons de toutes les situations pour lesquelles ses facultés naturelles peuvent être mobilisées afin de favoriser son développement. Des jeux, des ateliers, des catalogues techniques ou encore tout contexte qui pour lui fait que lire devient utile et nécessaire nous permettent de l’accompagner sans gêner sa croissance globale.

2) Analyser les situations:

L’observation, alors qu’elle s’affine au fil des jours dans des environnements variés, permet de détecter des tendances de développement chez l’enfant. Tous ces indices relevés en situation donnent de l’information concrète sur les modes opératoires impliquées dans une activité mais aussi les facteurs favorables à leur développement. Si nous reprenons la situation de notre aîné,  nous avons constaté que ses capacités d’apprentissage sont facilement actives lorsque la situation implique un côté pratique, expérientiel et qui mobilise par exemple ses facultés d’observation. Chaque fois que nous lui expliquons les choses au lieu de lui montrer comment on fait concrètement nous lui faisons perdre son temps, sa motivation et la nôtre.
Observer une faculté (en 2010)…
Dans l’analyse des situations, l’évaluation ne peut se faire encore une fois qu’en fonction de l’observable. Quand je parle, mon propos permet-il de mobiliser favorablement l’enfant? Le moment est-il bien choisi pour proposer cette activité? A quoi puis-je observer que ce que je lui ai montré lui a-été utile dans son apprentissage? Mon attitude a-t-elle eu un effet mobilisant ou démobilisant pour l’enfant?
…se déployer dans le temps (2015)…comme une maturation silencieuse.

En mathématique, nous avons pu observer que l’utilisation de jeux permettent à notre aîné de développer l’usage des fonctions de base (addition, soustraction,..) qui lui sont alors utiles. Ce contexte lui est favorable. On a pu par la suite constater une évolution lors des ateliers « montessori ». Plus d’implication, plus de persévérance et une plus grande aisance à effectuer les activités proposées par cette pédagogie.

Analyser les situations, finalement, revient simplement à relever les indices observables qui montrent que la tendance de développement est positive à l’enfant, c’est à dire que sa croissance se poursuit sans forcer.

La question de l’apprentissage de la lecture n’est plus une source de stress chez nous. Nos enfants apprennent à leur rythme dans des situations variées qui mobilisent leurs facultés naturelles. Quand Grégoire revient d’une observation « chantier », il est assez aisé de lui faire lire par exemple le passage d’un livre sur le sujet. En évaluant simplement les situations au fil des jours, nous sommes parvenus à éliminer les sources d’inquiétude tout en étant en capacité de mieux situer où et comment une situation leur est favorable ou défavorable.


3) Créer/Ajuster les conditions favorables:

Comme nous, les enfants n’aiment pas s’encombrer l’esprit pour rien. Lorsque nous apprenons, nous le faisons le plus souvent au regard de ce qui peut nous être utile. Apprendre une langue étrangère peut être utile pour vivre dans un pays, échanger dans un contexte interculturel, lire d’autres points de vue, acquérir des compétences qui n’existent pas dans nos contrées…etc. L’apprentissage, quelque soit l’habileté naturelle, sera facilité par la polarisation favorable qu’offre la situation. Lorsque nous accompagnons un enfant, il importe donc de créer des conditions qui soient naturellement mobilisatrices pour les facultés en cours de développement. Pour réaliser un atelier complet autour de l’anatomie du corps humain, les facultés de lecture et d’écriture sont utiles et nécessaires au projet de l’enfant. Au fil des ateliers, il réalise aussi mieux combien ces facultés peuvent servir au développement de ses propres activités. L’entraînement nécessaire à leur croissance, en dehors des ateliers, devient acceptable. Et, en quelques mois, la résistance à cet entraînement est dissoute. Comment cela s’observe? Simplement, à ce que l’enfant réalise au quotidien et avec plaisir sa séance de lecture et d’écriture qui ne doit pas être trop longue afin de ne pas perdre cette dynamique.
L’art de guider consiste ensuite à développer des capacités d’ajustement pour maintenir les tendances de développement au « favorable » et éviter des écarts qui sur le moyen terme deviendraient négatifs. L’important n’est pas de respecter un « programme » tous les jours mais de savoir montrer à l’enfant à quoi ressemble les progrès qu’il fait ce qui l’encourage simplement à poursuivre ses apprentissages et ce d’autant mieux qu’il en verra l’utilité.

Finalement, guider les enfants ressemble un peu à un travail de détective. On observe, on détecte des talents (facultés naturelles), et on identifie des tendances tout ça au raz des situations que l’on observe. Mais, ici, le seul crime que nous pourrions commettre à l’égard de nos enfants serait de renoncer à observer leurs facultés se développer au profit de nos propres projections….Notre mission…aider ce qui vient par soi-même….

Eymeric de Saint Germain

 

 

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