Fessée, colère et cie

Je n’ai pas lu de livre particulier sur ce sujet. N’étant pas « pratiquante » de cette méthode et n’y ayant pas recours, je n’ai pas ressenti le besoin de me documenter sur cette matière.
Le respect de l’enfant ne peut aller de paire avec toute forme de violence physique. Mais, je dois bien reconnaître que certaines journées l’irritation est bien là….et que la belle sérénité que j’aimerais afficher s’éclipse un moment. Alors, si la fessée reste bien banni chez nous comment faire cependant lorsqu’un germe de colère vient néanmoins compromettre notre relation à l’enfant?

Parfois, les enfants nous rendent dingues. Même les plus tranquilles, les plus calmes arrivent de temps en temps à nous perturber. Leur énergie s’éparpille soudainement comme s’ils avaient besoin de nous faire ressentir les ultimes secousses du lointain Big Bang.
 Dans ces situations, nous sommes souvent déjà victimes  de notre propre fatigue. La disponibilité n’est plus au rendez-vous. Et à un moment donné, l’enfant fait la bêtise de trop. Nous sommes sur les nerfs et l’enfant semble avoir fait « exprès » (mais je suis certaine qu’en réalité c’est un « exprès inconscient » de la part de l’enfant) de provoquer la situation. La fameuse goutte finit par faire déborder le vase… On arrive et on voit l’enfant plutôt satisfait affichant ce brin de malice qui finira par emporter définitivement notre calme… On a la « rage » (terrible maladie contemporaine) en nous, une rage qui nous transforme en furie. En furie peut-être plus ou moins « criante », avec des cris plus ou moins forts, qui peuvent être parfois insultant pour l’enfant. A ce moment là c’est la bascule…fessée ou pas… On ne sait finalement plus où l’enfant nous a mené, on est hors de nous et l’enfant semble presque se moquer de notre état. Il a encore le sourire esquissé sur ses lèvres. On le fixe avec le regard « tueur », méchant, plein de haine et on voudrait qu’il se taise, qu’il répare son erreur, et qu’il nous laisse tranquille… Parfois, lorsque l’on est vraiment énervé et qu’on est au bord du gouffre, on a la main qui part pour une « tape » ou tout autre malveillance… Cela n’était pas planifié, c’était un besoin de notre part pour exprimer NOTRE colère…et non une quelconque punition….
Je crois que cette situation, beaucoup la connaissent ou l’ont déjà vécu… C’est totalement humain, même si tous les jours on est en quête de respect pour l’enfant. Il y a des situations dans la vie qui nous exposent à la fatigue, qui nous mettent sur les nerfs…Les enfants nous sentent alors stressés et comme pour tirer la sonnette d’alarme ils s’expriment dans les extrêmes. Ils veulent attirer l’ attention sur eux et le font comme ils le peuvent, c’est à dire à travers des comportements déviants, parce qu’alors nous ne sommes plus réceptifs à leurs signes normaux. Lorsque l’on est fatigué, on a besoin de se retrouver seul, au calme et on délaisse les enfants d’une manière inconsciente, mais on les délaisse tout de même et ils réclament leur dû…notre présence!

Quand je pense à des situations où les enfants me mettent « hors de moi », c’est toujours le même scénario. Soit je suis fatiguée (c’est le pire), soit je suis occupée « pour moi », et c’est sensiblement la même chose.
Les moments critiques surviennent souvent quant je suis occupée à lire ou sur l’ordinateur (et ça, ils insupportent à un point inimaginable…). Le plus souvent, c’est quand je suis immobile et que je veux du calme pour lire, me reposer ou faire des recherches. L’enfant sent alors qu’il n’a plus aucun accès à nous. Il tente pourtant de créer l’ouverture.  Mais à ce moment, nous disons « non mon chéri, je suis occupée à autre chose, on fera ça dans un quart d’heure ». L’enfant ne comprend pas (ou ne veut pas). Il part pour revenir deux secondes plus tard afin de réclamer la même chose. Nous refusons encore de lui  consacrer du temps et l’enfant s’engage alors sur une autre voie…Il sollicite finalement  son frère (et là, ça ne peut qu’être pire que tout seul…). Ils sortent tous les jouets de l’étagère (moment où nous intervenons habituellement tout de suite pour éviter le pire, mais comme nous sommes occupés ou fatiguée nous remettons ça à plus tard en espérant avoir ainsi quelques précieuses minutes en plus « pour nous »). Et puis après ils courent dans la maison, font du foot, sortent encore d’autres jouets… Tout cela, nous le voyons plus ou moins), nous entendons le bruit qui nous énerve de plus en plus et notre moment à nous devient déjà un moment de torture, puisque nous ne pouvons plus vraiment faire ce que nous souhaitions… L’un qui pleurait arrête de pleurer, l’autre prend la suite et le jeu continue. Ils semblent même de meilleure humeur, ils sont les roi, ils font ce qu’ils veulent. On finit par entendre une pluie de grêle frapper le sol. On finit par quitter précipitamment son petit univers pour découvrir des dizaines de raisins secs étalés dans une chambre (je ne vous dirai pas laquelle…). On sentait bien que des choses se passaient hors de notre petite bulle, mais il a fallu ce bruit « menaçant » pour nous « réveiller »… et nous faire vivre une montée de colère plus ou moins dissimulée.
Le scénario peut varier niveau bêtise, mais dans le déroulement, je crois que c’est sensiblement toujours la même chose. L’enfant comprend: nous sommes dans notre bulle (pour quelque raison que ce soit) et nous ne voulons pas de lui. Ce qui est vrai pour le moment, puisque nous souhaitons qu’il nous laisse tranquille et qu’il s’active calmement tout seul. Et l’enfant se met alors en quête d’attention…
L’origine du problème n’est pas la fessée ou la claque. Le problème c’est la gestion de cette poussée brutale de colère qui finit par prendre le dessus et se traduire par un geste ou une attitude malencontreuse. Plus profondément, le problème c’est une perte de présence…qui a finit par devenir une absence…
En réalité, nous aurions pu réagir différemment dès le départ . Lorsque l’enfant veut nous sortir de notre bulle, c’est rarement pour nous embêter. C’est le plus souvent pour solliciter un moment d’attention soutenue et de qualité. J’ai finalement remarqué qu’à de nombreuses reprises, lors qu’avant de m’occuper de moi je lui consacre ce moment de qualité et que je le prépare ensuite à rester seul, il reste calme et s’occupe parfaitement lui même. Il faut donc savoir perdre du temps pour en gagner. Plus nous montrons à l’enfant une disponibilité qualitative…moins il n’est tenté de vouloir disposer de nous…Au revoir les tsunamis…et vive l’écologie affective. Toute présence intense apaise l’enfant et le nourrit profondément.
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3 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Laurence Fournier

    Quel beau billet ! et tellement vrai !
    Je complèterais par deux choses : la première est que l'enfant a tout de même besoin de sentir que l'adulte pose des limites, cela le rassure : il y a bien un pilote. J'ai remarqué que bien souvent, lorsqu'un mes enfants cumulent les bêtises en tout genre c'est que les limites ne sont plus clairement posées pour lui.C'est pareil dans la nature si on observe les mammifères (ici les chevaux)!Les mères sont parfois rudes avec leurs petits…
    La deuxième est que nous faisons tous des erreurs, la fessée -aussi ciblée et atténuée soit elle -en est une. Parfois le geste part un peu trop vite. Moins on en donne et moins on a le réflexe d'en donner…quoiqu'il en soit, je me suis toujours appliquée à demander pardon à mes enfants quand je fais une erreur : une engeulade mal adaptée, une réprimande, une punition trop sévère ou pire, à tort.Il faut savoir le reconnaitre et s'excuser.Ainsi la complicité et la confiance n'en sont que renforcées et nous parents, nous allons bcp mieux ! Et quel exemple pour les enfants : le sens du pardon prend toute sa dimension!

  2. 2
    Anonyme

    En Allemagne, et en suède, la fessée est prohibée, probablement. parce que les femmes ne font qu'un enfant,, ça permet de se rendre compte de sa valeur.

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