Jean Liedloff et « le concept du continuum »

La culture occidentale actuelle incite à séparer très tôt le nourrisson de sa maman. Les raisons en sont autant théoriques (l’enfant risquerait de rester attaché à sa mère s’il recevait trop d’affection) que pratiques (de toute façon, la société ne nous laisse pas le temps de maintenir ce lien).

S’appuyant sur plus de deux années d’expérience auprès de tribus indiennes (Yekwanas et les Sanemas) au fin fonds de l’Amazonie, Jean Liedloff montre à travers son ouvrage que nous nous sommes éloignés des besoins fondamentaux de l’enfant en perdant de vue certaines lois inscrites dans la nature humaine.

Les phénomènes de stress, d’angoisse, de manque de confiance en soi semblent étrangers à ces populations qui manifestent un vrai savoir-vivre. L’auteur montre que ce sentiment de paisible confiance dans la vie trouve son origine dans les premiers mois de la vie de l’enfant qui, au sein de ces tribus comme dans d’autres cultures, est toujours porté.

« Le sentiment que ressent un enfant porté est un sentiment de plénitude ou d’essentielle bonté. La seule identité positive qu’il puisse connaître est basée sur le principe qu’il se sent bien, bon et le bienvenu. Sans cette conviction, tout être humain est handicapé par un manque de confiance, de spontanéité, de grâce et par l’ignorance du sens global de son identité. Tout bébé est bon, mais ne peut s’en rendre compte qu’indirectement, à travers la façon dont on le traite. Il n’a aucune autre manière visible de percevoir ce qu’il est. Aucun autre type de sentiment ne peut servir de base à son bien-être. La plénitude est le sentiment de base qui convient aux individus de notre espèce ».

Cet ouvrage n’a rien d’une attaque en règle contre la société « civilisée ». Mais, il nous invite à retrouver le sens des premiers mois de la vie humaine. En ce sens, comme une vraie « provocation » il nous appelle (vocare) dans une nouvelle direction (pro). Pour cela, plutôt que de laisser des normes collectives contestables s’imposer sans discussion, il serait important d’observer simplement ce que Jean Liedloff appelle les « attentes » du nourrisson.

« L’attente, dans ce sens, est ancrée aussi profondément dans l’homme que sa propre conception. Non seulement ses poumons ont une attente d’air, mais on peut dire aussi qu’ils sont une attente d’air. Ses yeux sont une attente de rayons lumineux dans un spectre bien spécifique de longueurs d’ondes réfléchies par ce qui pourrait lui être utile de voir; et cela, aux heures où il est supposé les voir. Ses oreilles sont une attente de vibrations causées par des choses censées l’intéresser, les voix d’autres personnes par exemple. Sa propre voix est une attente de bon fonctionnement des oreilles. Cette liste n’est pas exhaustive: des cheveux et une peau résistante à l’eau sont une attente de pluie; les poils du nez, attente de poussière; la pigmentation de la peau, attente de soleil; le mécanisme de la transpiration, attente de chaleur; le mécanisme de coagulation, attente d’accidents de la surface du corps; le sexe, attente du sexe opposé, le mécanisme des réflexes, attente du besoin de réaction rapide en cas d’urgence ».

C’est cette notion d’attente qui permet par la suite à l’auteur de définir la notion de continuum comme « un enchaînement d’expériences qui correspondent aux attentes et tendances de notre espèce, dans un environnement de même logique que celui où sont nées ces attentes et tendances. Cela implique un comportement adéquat vis-à vis des autres acteurs dans cet environnement, et une attitude appropriée de ceux-ci envers nous ».

Notre culture a perdu de vue une partie des attentes fondamentales qui caractérisent la vie du nourrisson. Si la culture indienne n’est absolument pas reproductible telle quelle chez nous, il serait néanmoins opportun de considérer en quoi elle respecte certainement mieux l’enfant et son développement. Des pistes intéressantes existent et certaines cultures européennes montrent une vraie aptitude à renouer avec des pratiques qui ont toutes comme objectif d’aider la vie à son commencement. L’information foisonne sur internet concernant la grossesse, l’allaitement, le portage et mille autres questions qui interpellent la science actuelle et ses conclusions.

Ce concept peut d’ailleurs s’appliquer à l’ensemble de la vie. En ce sens, il a une dimension sociale importante. L’auteur constate par exemple que chez les populations indigènes observées, il n’y a pas de « choc intergénérationel », car les anciens ont comblés les attentes fondamentales de leur vie et sont donc apte à guider le cheminement des plus jeunes.

Il est évident que chaque contexte culturel à ses spécificités. Mais, la nature humaine demeure leur fonds commun en dépit de toutes nos théories. Cet ouvrage a le mérite de nous la refaire découvrir, notamment à son commencement tant il est important d’être conscient que notre vision de la vie dépend souvent de la façon dont notre environnement à considéré nos toutes premières attentes….

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