Le centre et la périphérie

La pédagogie Montessori respecte la nature de l’enfant. Comme un jardinier qui voit éclore un bouton de fleur, l’éducateur se laisse saisir par la mystérieuse croissance de l’enfant. Il ne cherche pas à pénétrer son secret. Il n’essaye pas d’atteindre le centre de sa personnalité. La nature est sans doute le plus merveilleux des livres de pédagogie. Pour en voir toute la richesse il faut la servir. Non pas en essayant d’en capter le secret. Ce serait l’asservir. Mais, en lui donnant ce dont elle a besoin. Elle s’occupera elle-même de l’assimiler conformément à sa nature. Elle nous demande de rester à sa périphérie. Car son centre, et les lois qui y sont inscrites, lui appartienne. Pour l’enfant, il en est de même. Nous devons le servir à la périphérie  et laisser au centre de sa personnalité le soin de faire le travail d’assimilation et de transformation qui lui est propre E. M Standing, dans sa biographie de Maria Montessori, résume ainsi ce rapport dont la compréhension détermine la position de l’éducateur: « ce qui va dans ce centre mystérieux qu’est l’intelligence créatrice de l’enfant est son secret. Ce centre créateur intérieur est une partie de son individualité qui lui appartient totalement et nous n’avons pas à nous en » occuper ».
LE CENTRE ET LA PÉRIPHÉRIE
Dans l’éducation classique, l’éducateur s’efforce la plupart du temps de délivrer à l’élève un message qu’il enregistre directement à travers son intelligence. Le message reçu doit reproduire fidèlement le message envoyé. L’intervention se fait directement sur l’intelligence de l’enfant un peu comme on installe un programme sur un disque dur. L’intelligence ne travaille alors pas par elle-même. Elle enregistre le message qu’elle devra restituer lors d’un contrôle à venir. Alors gare aux virus qui entre temps auront pu endommager la carte mémoire…
En s’efforçant de ne pas travailler directement sur le « centre », la pédagogie Montessori respecte profondément l’intelligence de l’enfant et favorise sa liberté. C’est l’intelligence de l’enfant, et non celle de l’éducateur, qui synthétise l’information captée. L’information se trouve dans l’environnement et non dans le cerveau de l’éducateur. Le but est que l’enfant puisse dégager de lui-même avec le matériel adéquat les lois structurelles de l’univers.
Le « centre » est la partie la plus intime et  la plus profonde de la personnalité de l’enfant. Il n’appartient qu’à lui-même. Il représente ce qui distingue fondamentalement une personnalité d’une autre. C’est là que l’enfant travail de façon unique. Dans cette matrice invisible s’opère la synthèse mystérieuse des activités de l’intelligence, des émotions et de la volonté de l’homme en formation. Bien loin simplement de ne faire qu’enregistrer des phénomènes, le « centre » récapitule de façon unique l’information saisie au fil des expériences.
La « périphérie » est cette facette de la personnalité qui nous apparaît sous la forme de comportements connus. Au contact du monde extérieur, à travers l’action de ses sens, de ses mouvements et de ses choix l’enfant nous laisse approcher la « périphérie » de sa personnalité. Nous pouvons l’observer, le regarder agir,  assister à son développement sensoriel, le voir choisir. La périphérie est ainsi donc la partie accessible de la personnalité de l’enfant.

SERVIR LA PÉRIPHÉRIE

La pédagogie Montessori en offrant un matériel adapté s’épargne le risque de vouloir se frayer un accès au « centre » qui constitue l’intimité irréductible de l’enfant. Que l’éducateur propose des tablettes de couleurs, les cylindres, les barres rouges  ou tout autre matériel, l’interaction se fait à la « périphérie ». Une fois l’activité proposée, l’éducateur se retire et laisse à l’enfant poursuivre de lui-même fort de la concentration qui l’anime. Ainsi, loin de vouloir atteindre son intelligence créatrice pour en forcer la programmation, l’éducateur permet à l’enfant d’effectuer de lui-même le travail d’abstraction et de synthétisation. Habituellement, on court-circuite le travail d’abstraction en livrant le concept finalisé. Celui-ci demeure alors souvent étranger à l’intelligence qui le reçoit, car le passage de la « périphérie » au « centre » n’a pas pu avoir lieu. Comme le dit E. M Standing, « notre travail est de nourrir la périphérie ». En proposant à l’enfant un matériel d’expérimentations qui satisfait son instinct d’explorateur, l’enfant extrait de lui-même les idées abstraites dans cette forge psychique qu’est le « centre ». Cela est rendu possible par un matériel dit scientifique qui en isolant une caractéristique permet le passage naturel à l’abstraction. En travaillant longuement de ses mains l’idée inhérente au matériel proposé, celle-ci sera finalement reçue par l’intelligence qui pourra alors se l’approprier sans avoir la sensation que son « centre » créateur a été enfreint. Pour Maria Montessori, la main est bien ‘instrument de l’intelligence humaine.  Car dans l’ordre humain, il n’est de connaissance profonde qui ne soit le fruit d’une expérience…
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