Le dessin libre selon M. Montessori

Maria Montessori a travaillé toute sa vie à observer les enfants pour les comprendre et  mettre à leur service une pédagogie qui respecte leur développement psychique et spirituel. Ses découvertes ont révélé un nouveau monde…
Seulement, même une vie de recherche et d’expériences ne suffira jamais à épuiser un sujet aussi riche que celui de l’enfant. Sa pédagogie se veut complète. Et, de fait, elle a jeté les fondements d’une éducation cosmique qui mettent l’enfant au contact de tous les savoirs humains. Le domaine des arts n’a donc pas été laissé de côté par Maria Montessori.
Pour la musique, Maria Montessori s’est entouré de pédagogues qui ont développé son concept. Ainsi, l’éducation musicale dans l’esprit Montessori existe avec son matériel propre et se trouve aujourd’hui assez bien documentée et pratiquée (particulièrement en Allemagne)
En ce qui concerne les arts plastiques, notamment le dessin, leur développement ont connu une croissance moins rapide. Jusqu’à aujourd’hui, il n’existe pas d’enseignement artistique officiel montessorien. Dans les pays comme les Etats-Unis ou les pays germanophones les différentes écoles s’inspirent de la didactique actuelle   tout en recherchant dans les applications à se conformer aux principes pédagogiques de Maria Montessori. L’art plastique connaît donc des développements très intéressants au cœur de la recherche en pédagogie Montessori.

Dans les ouvrages de Maria Montessori on trouve quelques passages concernant le dessin et les arts, son chapitre le plus explicite se trouve probablement dans la Pédagogie scientifique tome III (c’est le deuxième tome de l’éducation élémentaire) dans le chapitre « dessin ». En voilà le passage le plus fondamental
« Tous les exercices précédents (il s’agit de tous les exercices préparatoires à l’écriture) sont « formatif » pour l’art du dessin. Ils mettent à la disposition de l’enfant la possibilité manuelle d’exécuter un dessin géométrique, et la préparation de l’œil à apprécier les proportions harmonieuses des figures géométriques entre elles. Les observations multiples de dessins, l’habitude d’observer minutieusement des objets réels sont autant de préparations. Mais on peut dire que toute la méthode éduquant à la fois l’œil et la main et habituant à observer, à exécuter des travaux avec une grande persévérance, prépare les moyens mécaniques pour le dessin, tandis que l’âme laissée libre de créer et de s’élever est prête à produire.
C’est en formant l’individu qu’on le prépare à cette manifestation merveilleuse de l’âme humaine qui est le dessin. Voir le vrai dans les formes, dans les couleurs, dans les proportions, posséder les mouvements de sa propre main, voilà ce qui suffit. L’inspiration ensuite est une chose individuelle, et chacun, il possède ces éléments formatifs, peut lui donner l’expression.
Il ne peut y avoir « d’exercice gradué du dessin » jusqu’à la création artistique, seules la formation des mécanismes et la liberté de l’esprit peuvent mener à ce but.
Voilà pourquoi nous n’avons pas enseigné directement le dessin aux enfants, mais nous les cavons préparés indirectement en les laissant ensuite libres dans le travail mystérieux et divin de reproduire les choses à travers leur propre sentiment.
Le dessin devient alors un besoin d’expression comme le langage; presque toutes les idées cherchent à s’exprimer dans le dessin; et l’effort dans le perfectionnement de cette expression est en tout semblable à celui que fait l’enfant lorsqu’il est poussé à perfectionner son propre langage pour voir sa propre pensée traduite dans la réalité. Cet effort est spontané et le vrai maître de dessin est la vie intérieure qui se développe, s’affine et cherche ensuite irrésistiblement à naître et à s’extérioriser par une œuvre.
Déjà tous petits, les enfants cherchent spontanément à travers les contours des objets qu’ils voient; mais les horribles dessins, soi-disant « libres » qu’on montre dans les écoles ordinaires comme « caractéristiques » de l’enfance, ne se voient pas chez nos enfants. Ces horribles barbouillages si tendrement recueillis, observés et catalogués comme « documents » de l’âme enfantine par les psychologues modernes, ne sont que des expressions monstrueuses de l’abandon de l’âme; ils révèlent que l’œil enfantin est inculte, la mian inerte, l’âme sourde au beau comme au laid. Ces documents, comme presque tous les « documents » recueillis par les psychologues qui étudient les enfants dans les écoles, révèlent non l’âme, mais les erreurs de l’âme. Et les dessins spécialement, avec leurs difformités monstrueuses, disent à haute voix quelle chose peut être l’homme sans éducation.
Les « dessins libres » des enfants ne sont pas ainsi. On commence à avoir le dessin libre quand on a un enfant libre, qui peut croître et se perfectionner dans toutes ses activités d’assimilation de l’ambiance et de reproduction mécanique et qui, libre de créer et d’exprimer, crée et exprime.
La préparation sensorielle et manuelle au dessin n’est qu’un alphabet, mais sans cet alphabet l’enfant n’est qu’un illettré qui ne peut pas s’exprimer. Et comme on ne peut faire d’étude sur l’écriture d’un illettré, de même aucune étude psychologique ne peut être faite sur les dessins d’enfants abandonnés à leur incohérence interne, à leur désordre musculaire.
Toutes les expressions psychiques acquièrent de la valeur quand la personnalité intérieure acquiert de la valeur par les processus formatifs. Tant que ce principe fondamental ne sera pas un acquis absolu, nous n’aurons pas une idée de la psychologie de l’enfant dans sa puissance créatrice.
Ainsi nous ne saurons pas « comment évolue le dessin, cette expression naturelle », si nous ne savons pas comment l’enfant dois se former pour développer ses énergies naturelles. Ce ne sera pas une « école de dessin » qui pourra former universellement le langage de la main; mais ce sera « l’école de l’homme nouveau » qui le fera surgir comme une eau vive jaillit spontanément d’une source intarissable.
Il faut donner un œil qui voit, une main qui obéit, une âme qui médite pour donner le dessin; et toute la vie doit concourir à ceci. Voilà pourquoi on se prépare au dessin par la vie même; mais ceci acquis, c’est l’étincelle intérieure qui fait le reste.
Laissez alors à l’homme ce geste sublime qui signe sur la toile des traces de la divinité créatrice. Laissez-le évoluer alors que tout petit il prend la craie et reproduit sur la tableau un simple contour, et sur une petite page blanche pose la première image d’une feuille qu’il voit. Un tel enfant est à la recherche de tous les langages, de toutes les expressions, parce qu’aucun langage n’est suffisant pour donner cours à la vie jaillissant en lui. Il parle, écrit, dessine et chante avec l’allégresse d’un oiseau, au printemps.

Que l’on pense alors aux éléments que possèdent nos enfants dans leur formation par rapport au dessin: ils sont des observateurs de la réalité, sachant dans la réalité relever les formes et les couleurs. Pour apprécier les couleurs ils sont une sensibilité particulière qui a commencé à se développer dès les premières années de leur vie par les exercices sensoriels. Leur main est éduquée aux plus délicats mouvements; ils en sont « maîtres » déjà dans la « maison des enfants ». Quand ils commencent à tracer des figures, ils copient d’après nature les objets les plus divers, qui ne sont pas seulement des fleurs, mais toutes les choses qui les intéressent: les vases, des colonnes et parfois des paysages. Leurs tentatives sont spontanées; ils dessinent sur le tableau aussi bien que sur le papier.
En ce qui regarde le coloris, qu’on se rappelle comment déjà, dans la « Maison des Enfants », les enfants apprenaient à préparer les teintes en les composant eux-mêmes, en les graduant, ce qui les intéressait beaucoup. Puis, dans un âge plus avancé, le soin minutieux qu’ils apportent à trouver des tons correspondants exactement à ceux de la nature est vraiment intéressant. Ils essaient inlassablement de combiner les couleurs les plus diverses, de les diluer, de les saturer, tant qu’ils n’ont pas réussi à produire la teinte désirée et il est admirable de voir comme l’œil peut arriver à apprécier les plus délicates nuances de coloris et à les reproduire souvent avec une étonnante exactitude.
Ce qui a porté une aide notable au dessin a été l’étude des sciences naturelles. […]
Les deux expressions, dessin et composition, avaient été les manifestations spontanées de leurs joyeuses entrée dans le domaine de la science. […] Ils « dessinaient tout ce qu’ils voyaient ».
Le dessin semblait être le complément naturel de leurs observations. Les enfants arrivèrent à cette manière à dessiner, à peindre sans maître de dessin, en produisant des travaux qui, comme composition de figures géométriques, d’une part, et comme copie de fleurs d’après nature, de l’autre, furent jugés d’une valeur peu commune comme travaux d’enfants.« 
Voilà la vision de la Dottoressa. Je me contente pour aujourd’hui de vous livrer ses pensées et je vous proposerai dans un futur article des points d’entrées plus concrets pour la mise en place d’un environnement préparé pour l’art.
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12 Commentaires

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  1. 1
    Charlie

    C'est tout à fait vrai !!! Quand elle parle des gribouillis " horribles " selon ses termes, voici mon expérience : pour Mon Grand, je n'ai commencé à appliquer la pédagogie Montessori que vers ses 2 ans. Et, bien avant, je lui avais mis dans les mains, crayons, feutres, peintures et tout le tralala pensant l'aider à développer son sens artistique par ce biais.
    Il a fait de nombreux gribouillis et ses gestes étaient nettement le reflet d'une main qui ne cherche pas à créer mais à remplir…
    Depuis qu'il a découvert les activités de Vie Pratique, tout a changé et ma belle-soeur instit me dit à présent que ces dessins sont épatants pour son âge et révèlent une maturité qu'elle ne rencontre habituellement que chez des enfants plus âgés : il tient compte des perspectives (MM en parle à un moment quand un enfant se rend compte devant elle des formes géographiques qui constituent le paysage urbain qu'il observe), utilise des couleurs réelles (ses animaux seront toujours d'une vraie couleur et non bleu ou rose)et ses traits sont précis.
    De plus, Minipouce, qui lui baigne " dans Montessori " depuis sa naissance, n'a jamais fait de gribouillis comme j'ai pu le voir chez son frère. Il a toujours des traits qui paraissent refléter une projection de son esprit et semble chercher beaucoup plus la précision du geste dans ses dessins que le simple remplissage.
    Bref, tout cela pour dire que par la pratique je me rends compte du bien-fondé de cette approche de l'art, que j'avais à tort jugé comme extrémiste quand j'ai commencé à en entendre parler.
    Comme quoi, il faut rester ouvert au changement !!!

  2. 2
    Lapetiteecoledelina

    Bon ben moi ça me choque cette vision. Si on peut en discuter … Je note que le but du dessin chez MM c'est de copier la réalité par ses formes et couleurs. Je ne vois donc pas où est l'expression de soi, ni l'inspiration. Pour moi l'inspiration ce n'est pas se demander si on va dessiner une fleur jaune ou un champ de blé. Le pire c'est quand je lis que "l'oeil enfantin inculte" fait des dessins horribles. Horribles pour qui ? Pour l'adulte bien sûr, le malveillant je trouve personnellement. Pourquoi trouve-t-il ces dessins horribles ? Il n'arrive pas lui à voir le sens de ces dessins, et faut il d'ailleurs qu'ils aient un sens ? Ce sont des dessins qui ne sont pas rassurants POUR L'ADULTE car il n'arrive pas à en donner, trouver le sens et ça le frustre surement. Apprendre à un enfant ce qui est beau ou laid alors là c'est la cerise sur le gâteau. L'adulte ne fait pas confiance à l'enfant pour qu'il ait ses propres goûts … Le besoin de remplir une feuille, occuper l'espace c'est sérieux aussi pour un enfant et même sans directives l'enfant PAR LUI MEME arrive/ra à dessiner en perspective s'il le veut.

    • 3
      Anonyme

      Voilà une réponse très sensée ! Et, pour toute personne qui veut être au plus prêt de l'enfant, en accompagnant celui-ci en lui permettant de développer ses propres capacités et sa véritable personnalité doit effectivement s'intéresser à la pédagogie Montessori. Mais, en ce qui concerne le dessin , la "pratique artistique", le fait de tracer sur une feuille, tous les pédagogues, mêm ceux dits alternatifs, ce sont trompés. Steiner interdisait le noir (en pensant que les personnes l'utilisant deviendraient violentes !! décision impérieuse venant de l'adulte !!!), Montessori pense qu'il faut éduquer "l'oeil" et que nous, adultes, pouvons décider ce qui est beau et de ce qui ne l'est pas… Encore des considérations venant de l'adulte et que l'on impose à l'enfant. Personne avant Arno Stern n'a su observer et respecter véritablement la trace naturelle, faisant partie des facultés innées de l'homme. Mais pour cela il faut quitter toute fonction "artistique", art-éduquée, et toute fonction de communication liée à la trace jusqu'à aujourd'hui. Pour que la trace d'un enfant soit libre de tout conditionnement liés à notre société, il faut que tracer redevienne un instant de pur création, instantané, gratuit, dont le seul objectif est de ce produire sur une feuille… Donc toute pédagogie Montessori devrait s'enrichir des études scientifiques faites par Arno Stern sur la trace naturelle et le dessin naturel : ainsi, c'est la personne toute entière qui est respectée, jusque dans son intimité la plus profonde, et surtout on découvre que cette trace est universelle, commune à tous et évolue de façon programmée : elle est organique (liée à la mémoire cellulaire). Il n'y a donc aucune notion de capacité ou de dons et d'apprentissage, tout est déjà en nous, c'est organique !!!

  3. 4
    En Terre dEnfance

    Charlie, ton témoignage me montre concrètement ce que Montessori voulait dire… Grégoire est encore un peu jeune pour les dessins, du coup je n'ai pas du tout d'expérience sur ce sujet…

    Lapetiteecoledelina: bien-sûr on peut discuter! C'est bien pour cela qu'on tient un blog!
    En fait les premières fois que j'ai lu ce passage de Montessori, j'étais moi aussi choquée.. je trouvais que c'était comme le point noir dans cette belle pédagogie… mais après de longs moments de réflexions avec mon mari, cela m'est devenu plus clair, même évident.
    Quand Montessori dit que l'enfant dessine ce qu'il voit dans la réalité, c'est particulièrement vrai dans la période de 3-6ans: d'observer la réalité, du concret et le dessiner… ensuite dans la période de 6-12ans, l'enfant va "changer" son dessin: il sera plus fantaisiste, plus imaginatif (l'esprit absorbant qui s'est d'abord construit sur le réel va utiliser maintenant le réel pour créer de l'imaginaire).
    Ce n'est pas le "but" de dessiner des formes réelles, mais bien les enfants d'eux-mêmes, sans directives de l'extérieur dessine de cette façon.
    En fait, Montessori dit la même chose pour le dessin que pour l'imaginaire: comme il est conseillé de raconter aux enfants des histoires vraies jusqu'à l'âge de 5/6ans (sans contes, sans animaux parlants etc), il en va de même pour le dessin, sauf que l'enfant de lui-même va dessiner des formes et objets qu'il rencontre dans la vie réelle.

    Quand tu dis que l'enfant ne pourra pas s'exprimer ainsi, ni laisser courir son inspiration, je ne suis pas d'accord.
    Pour moi, l'enfant qui est dans la vie pratique, dans l'observation, la manipulation etc, il est inspiré et il s'exprime. Mais son expression sera ce qui l'intéresse dans ce moment: du réel. Quand cette soif du réel aura disparu (vers l'âge de 6ans environ), l'enfant s'exprimera différemment…
    Pour nous, les adultes, l'expression artistique doit être forcément quelque chose de "imaginatif" etc, donc on ne peut pas admettre qu'un enfant qui, de lui-même, dessine une maison comme il les voit dans la vie réelle, peut s'exprimer artistiquement parlant.

    Concernant les dessins horribles d'enfants non Montessoriens, Montessori en parle par rapport à des dessins "d'enfants normalisés". Apparemment elle a pu constater que les enfants dans les écoles classiques dessinaient des "gribouillis" pendant que les enfants montessoriens du même âge dessinent d'avantage des choses précises. Et son commentaire un peu choquant concerne cette comparaison.
    Le témoignage de Charlie va dans le même sens…

    Bon je ne sais pas si je suis très claire… j'espère que tu arrives à voir ce que je veux dire… sinon j'essaierai d'être plus précise!

  4. 5
    Lapetiteecoledelina

    Alors si je comprends bien, pour résumer Maria, un enfant qui suivrait des activités type vie pratique, vie sensorielle dessinerait avec plus de précision, au niveau formes et couleurs, les choses réelles qu'un autre enfant. Pour les formes je comprends, la main a été musclée par la vie pratique, quoiqu'un enfant qui ne fait pas de vie pratique se la muscle avec autant de précision pourtant avec ce qu'il peut trouver sur son chemin, il fait peut-être de la vie pratique spontanée ? Après pour les couleurs, je reste dubitative, un parent qui voit son enfant faire de l'herbe bleue pourra-t-il s'empêcher d'intervenir pour lui dire non l'herbe est verte ? Si des gens avaient dit cela à certains peintres fameux qui peignent l'herbe bleue … 🙂
    En fait, j'ai énormément de mal avec cela aussi. Et au final, je crois comprendre pourquoi, je distingue expression artistique (le but est de faire de l'art, l'art comme technique, bien faire) et expression de soi pure et dure (tracer pour l'unique plaisir de tracer sans but, juste laisser jaillir le trait ce qui n'empêche pas de dessiner des choses réelles ou pas qui peuvent selon les regards être de l'art mais ça c'est bien subjectif et ça fait du bien de dessiner hors du regard et du jugement de l'autre non ? Voir le lien des travaux d'Arno Stern pour mieux comprendre :

    http://www.arnostern.com/fr/index.html

  5. 6
    En Terre dEnfance

    Si on reste dans l'esprit Montessori, je pense en tant qu'éducateur on n'a pas à intervenir si l'enfant dessine de l'herbe bleue… s'il le fait, on le laisse et un jour il va voir que l'herbe est verte et le dessinera en vert.
    Et comme j'ai dit plus haut, le "dessin imaginaire" viendra après cette étape de "dessin réel"… comme l'enfant se construit du réel jusqu' à six ans pour ensuite partir de ces bases acquises pour développer son imaginaire, de la même façon l'enfant se base sur son dessin réel pour pouvoir après donner libre court à son imagination.
    Mais c'est bien l'observation du réel qui rend l'imaginaire possible et le rend plus riche…
    Et concernant l'intervention dans le dessin de l'enfant, de mémoire, Montessori dit clairement qu'il faut laisser faire l'enfant et ne pas juger le dessin… l'enfant étant très susceptible concernant ses créations, peut vite se lasser du dessin si on intervient.
    Donc je comprends tout à fait ce que tu veux dire… mais je pense que Montessori est du même avis?
    Merci pour le lien d'Arno Stern, c'est très intéressant!

  6. 7
    Charlie

    Il faut être conscient que les travaux de Maria MONTESSORI remontent à deux siècles et que des évolutions ont été mises à jour en matière d'art et de productions enfantines.
    Cependant, je trouve une grande sagesse dans son approche de l'Art, qui, quand on la comprend bien n'est pas restrictive ni dépréciative.
    Il ne s'agit jamais de brimer ou de limiter l'enfant dans sa découverte du l'Art, mais plutôt de poser des jalons, par la Vie Pratique et Sensorielle notamment, qui vont lui permettre d'arriver à une maîtrise vrai du geste, de sa main, et d'exercer sa volonté à dessiner ce qu'il veut reproduire avec toute sa personnalité, sa subjectivité et sa sensibilité personnelle.
    Il y a, à mon sens, une grande différence entre l'enfant qui colorie l'herbe en bleu sans aucune réflexion, parce que c'est le premier crayon qui lui passe sous la main par exemple, ou celui qui la colorie en bleu par CHOIX, qui SAIT que l'herbe est d'une autre couleur mais qui CHOISIT de la représenter selon son ressenti.
    Je crois que les recherches de Maria MONTESSORI vont dans ce sens. L'éducateur doit permettre à l'enfant d'éduquer sa volonté pour accéder à la liberté, la vraie ; il en va de même pour la liberté artistique je pense. L'éducateur permet à l'enfant de développer les MOYENS qui lui permettront d'exprimer ce qu'il VEUT exprimer et pas juste de gribouiller. Quand elle parle d' " horribles dessins " d'enfants, je n'y vois pas un jugement sur la production en elle-même mais un triste constat sur le fait que ces enfants n'ont pas eu les moyens d'acquérir l'ordre intérieur et sont soumis à une pseudo liberté, la mauvaise, celle qui consiste à donner libre cours à toutes ses impulsions sans aucune maîtrise.
    D'ailleurs, nous serons d'accord, je pense, pour dire que les grands artistes sont ceux qui maîtrisent leur art : ils peignent de façon impressionniste, cubique, surréalliste, ou autre certes, mais parce qu'il créent ou maitrisent les techniques qui permettent ces productions. Leurs œuvres ne sont pas le résultat fortuit d'un esprit vide mais reflètent une volonté de l'âme.
    Et juste par déformation professionnelle (!), n'oublions pas que la mot ART lui-même, " ars, artis " en latin, désigne l'ensemble des compétences utilisés pour la MAITRISE d'une technique, d'un procédé. Le sens même de ce terme renvoie à l'idée d'une maîtrise.
    Et c'est cette éducation à la volonté, à la maîtrise du geste, de l'intention que la pédagogie Montessori applique, y compris dans le domaine de l'Art.

  7. 8
    Lapetiteecoledelina

    L'art, la maîtrise des techniques, aborder le dessin comme faire de l'art voilà une approche que je ne trouve pas pertinente, je l'ai dit plus haut; mais après chacun a ses attentes par rapport à ce qu'il met en place. Pourquoi ? On oublie le plaisir qu'a l'ENFANT à tracer même des traits incompréhensibles pour l'adulte. Bien sûr la vie pratique donc vivre, grandir, aide à muscler la main donc à gagner en précision mais bon ça c'est plus que logique. Et la maîtrise des techniques induite par le fait que les mains se musclent pourra AUSSi générer du plaisir bien sûr, chez l'enfant certes et l'adulte enfin heureux de pouvoir identifier ce que dessine l'enfant.
    MM dit qu'il ne faut pas juger le dessin pourtant elle dit bien que ceux dont elle ne voit pas l'intérêt ni le sens sont "horribles". Elle ne donne aucune valeur, pire, elle dénigre les dessins que beaucoup appellent gribouillis.
    Je pense aussi qu'un enfant, je dirai même plus un bambin, peut très bien choisir le bleu pour l'herbe sans que ça soit la première couleur qui lui tombe dans la main. Et quand bien même, je ne vois pas le problème. Encore une fois, cela dépend ce que l'adulte perçoit dans l'action de dessiner, apparemment c'est une démarche vers l'art pour beaucoup et on ne se demande pas quel besoin l'enfant comble en dessinant. Il ne s'agit finalement plus que de points de vue, voici le mien, et c'est ce qui fait qu'il y a diverses sortes d'éducateurs, je détaille ici:

    http://lapetiteecoledelina.blogspot.com/2010/07/laisser-aller-la-creativite-silence.html

    http://lapetiteecoledelina.blogspot.com/2010/04/girouli-punctili-et-mot-du-petit-prince.html

  8. 10
    Emmanuelle

    Bonjour et merci pour ce blog, je trouve ce thème très intéressant. Je suis en train de me former à la pédagogie Montessori et parallèlement je m'interresse beaucoup à la création artistique et son effet "libérateur". Alors je souhaite répondre à lapetitecoledeline. MM ne dit pas qu'elle n'y voit aucun intérêt, au contraire, elle y voit, je pense, les manques de l'enfant dans cette période là dans son développement. Peut-être une souffrance qui s'exprime, et justement l'adulte bienveillant ne peut que constater ceci, sans jugement, pour accompagner au mieux l'enfant afin qu'il retrouve son chemin d'autonomie et de liberté, sa créativité dans tous les sens du terme, car l'art ne se résume pas au dessin, je pense que toute la vie est un art… ce qu'elle considère comme horrible ne sont pas ses "gribouillis", mais le manque de liberté de l'enfant qu'ils expriment.
    D'autre part, j'ai lu ton article "laisser aller la creativité" que j'ai trouvé tres interressant, on y retrouve bien là encore, l'idée de liberté d'expression. Alors oui laissons le faire ses gribouillis, évidement, mais notons juste qu'il est capable d'autres choses.

  9. 11
    Marie

    Bonjour Emmanuelle,

    merci pour ce commentaire qui je trouve explique parfaitement la vision de MMontessori.
    Je serai très intéressée de pouvoir continuer l'échange avec vous sur la question de la l' art et son potentiel libérateur dans cet esprit qui voit la vie humaine comme un développement créateur.
    Je vous souhaite un beau WE.

  10. 12
    Emmanuelle

    Bonjour Marie,
    je partagerai avec grand plaisir un échange avec vous sur cette magnifique question, qui ammene à une infinité de réponses…ce qui fait que c'est riche est très intéressant, en tout cas pour moi 😉
    Je viens de terminer ma formation d'assistante à la maison des enfants, et j'ai pu découvrir l'ensemble des activités proposé aux enfants, dont l'art et la musique, et j'ai pris conscience, à quel point j'étais formatée (!) pour croire que la peinture ou la musique c'est pas donné à tout le monde!!! eh bien évidement que si, nous vivons tous les jours dans l'art et la musique!! c'est pour ça qu'à la maison des enfants, il n'y a pas "musique le mercredi" et "peinture le vendredi" mais c'est tous les jours! c'est à sa disposition quand il en a envie, quand il en ressent le besoin, au même titre que les lettres rugueuses ou la chaine de 10, ça n'est pas cloisonné.

    c'est ça qui me semble important, arrêter de rendre l'art élitiste. Et il suffit, encore une fois, d'observer les enfants, ils nous le font bien comprendre 😉

    Belle journée

    Emmanuelle

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