Le pays natal, le sculpteur et la mémoire de l’enfance

Ayant grandie dans une petite ville de campagne, au bord d’un large pré, ayant passé des semaines et week-ends sur les fermes de mes amies ou de la famille, la nature m’est familière et le paysage de ce berceau fait partie de ma mémoire.



J’ai discuté il y a peu avec un sculpteur de ma région, lui aussi très attaché à son pays, aux quelques hectares qui entourent la ferme où il a grandi, à cette lumière particulière qui embellit cette nature encore accueillante. Il me racontait combien sa mémoire affective est peuplée de toutes ces expériences et découvertes que ce joli pays a pu lui offrir. Il s’attristait aussi de voir parfois ces paysages « abîmés » par une route inopportune où une usine qui s’est trompée d’adresse.
Je le comprenais parfaitement, et je réagis en fait de la même manière. Les changements aux abords  de ma maison natale ne me plaisent guère et plus d’une fois il m’est arrivé de tout ré-imaginer pour retrouver le berceau de mon enfance. C’était alors sans aucun doute beaucoup plus charmant, avec quelques endroits magiques entre trois arbres, des chemins non goudronnés, moins de maisons, moins de bruit…

 


Ma terre natale me manque quand je suis loin d’elle (mais ce n’est pas un chagrin important, juste le désir de revoir ce paysage). Avoir une terre natale m’est importante. C’est comme si c’était une richesse pour moi que personne ne pourra jamais me prendre. C’est en quelque sorte ma « Terre-Mère », celle qui a nourri ma mémoire affective, qui m’a permis de puiser en profondeur pour mieux voir plus tard toute la merveilleuse richesse de notre « petite » Planète.  .


Avec mon sculpteur on réfléchissait à plusieurs questions: que ressentent les gens pour qui la « terre natale » est une grande ville?  Quels peuvent être leurs souvenirs? En quoi sont-ils différents des nôtres?
Que risque l’enfant qui ne grandit pas au contact de la nature? Comment peut-il approcher les secrets du monde animal et végétal?

Être en contact avec la nature est bon pour l’homme et je crois tout particulièrement pour l’enfant. C’est quand l’enfant est petit qu’il regarde son environnement avec de l’étonnement et qu’il en absorbe toute la sève. Son étonnement envers la création est insatiable. Le contact avec la nature lui donne un équilibre et l’enrichit en permanence avec des choses simples qui ne coûtent rien…

L’enfant est souvent bien meilleur observateur que l’adulte. Et bien souvent les explications d’adultes sont inutiles, puisque lorsque l’enfant voit il sait. La nature peut inviter l’enfant à faire mille découverte ou encore le faire plonger dans quelques minutes de méditation profonde… C’est tellement émouvant de voir l’enfant regarder la nature, de savoir un être si petit devant l’univers, mais dont les yeux s’ouvrent s’y grand pour le questionner.

Quand votre enfant s’accroupit sur un chemin de forêt et cherche quelque chose avec ses yeux, vous vous demandez ce que pourrait être ce petit « truc » qu’il a vu et qu’il regarde obstinément… Et puis l’enfant prend le petit objet, lève sa tête vers vous, a des yeux qui pétillent de milles étoiles, et avec un ton triomphant il vous dit: « J’ai trouvé un petit cailloux! » Des cailloux il y en a partout sur le chemin. Cela pourrait sembler idiot à certaines personnes qu’un enfant puisse avoir trouvé un petit cailloux parmi tant d’autres. Je crois que non. Je crois au contraire que l’enfant a comparé ce cailloux aux autres, il a fait un choix, il a trouvé un caillou qui lui plaisait. Un petit cailloux qui le rendait heureux au milieu d’une forêt!
D’autres questions me sont venues après ma discussion avec ce sculpteur. Est-ce que c’est bon de déménager souvent avec des enfants? Est-ce qu’on ne les prive pas d’un trésor que rien au monde ne pourra remplacer ? De nos jours, il est si vite fait de changer de job, de changer de pays, de changer de continent même. On dit que c’est enrichissant pour les enfants, c’est une chance unique de pouvoir découvrir d’autres lieux, d’autres peuples, d’autres coutumes. Mais en tirant son enfant d’un endroit à l’autre (pour l’enrichir soit-disant), lui permet-on réellement de découvrir toutes les richesses du monde? L’arbre qui s’élance vers le ciel n’a-t-il pas d’abord pris le temps de s’enraciner?
La question me semble importante même si les réponses peuvent varier à l’infini. Ce que je constate c’est que l’enfant aime s’approprier son environnement, qu’il est perturbé lorsqu’il en change et que dans quelques mètres carrés d’herbes fraîches il est capable de trouver les mille joies dont il a le secret.  En ce qui me concerne,  pouvoir aimer ma terre natale est quelque chose de très important. Je suis très attaché à sa nature et à ses paysages.
Depuis mon bac, j’ai déménagé à plusieurs reprises, j’ai trouvé de beaux endroits partout, des gens inoubliables qui ont parfois changé le cours de ma vie. J’ai découvert la France et ses régions que j’aime énormément. Mais rien, rien ne pourra jamais remplacer ma terre natale…Elle n’a peut être pas tous les charmes de cette « Douce France »…mais c’est elle qui a bercé mon cœur.  L’affection que je lui porte ressemble un peu à la relation particulière entre la mère et son enfant. La mère restera toujours la mère de son enfant quelques soient les événements qui surviendront. Et je crois qu’avec la terre natale, c’est le même type de relation. Un amour privilégié…
Jusqu’à présent, je ne m’étais jamais posée cette question, mais je crois qu’elle le mérite vraiment. Quel est l’importance d’un pays natal pour une personne? Que se passe-t-il si un enfant ne peut pas en avoir?
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