Le père et la relation d’activation

Si la nature prévoit la contribution de deux géniteurs pour concevoir un enfant, il n’est pas absurde de penser que leur complémentarité doit continuer de bénéficier à l’enfant pendant toute sa maturation vers l’âge adulte. Le principe de la « répartition des tâches « entre l’homme et la femme a plutôt tendance à envisager la problématique sous un angle matériel visant à l’équilibre du couple. Une question demeure néanmoins ouverte: comment cette complémentarité naturelle des sexes peut-être contribuer au développement de l’enfant?

Pour découvrir ce que peut être cette contribution complémentaire, il convient d’observer les comportements et les sollicitations spontanées de l’enfant. Le lien d’attachement, entre la mère et l’enfant, qui lui permet de se développer en toute confiance et sécurité, a déjà fait l’objet de nombreuses études. Les sources d’informations sont riches en la matière. Le père, quant à lui, peut-il avoir une autre fonction vitale? Doit-il s’inspirer des comportements maternels pour accompagner l’enfant ?

Pour répondre à ces questions, nous avons observés les situations dans lesquels l’enfant sollicite l’un ou l’autre parent. Nous avons par ailleurs été attentifs aux comportements de l’enfant dans sa relation au père et à la mère. Nos observations et leurs conclusions ne sont valables que dans le cadre où elles se sont faites. Elles peuvent néanmoins offrir quelques pistes de réflexion.

Dès qu’il est en mesure de se mouvoir et d’exprimer des actes volontaires, l’enfant se porte tantôt vers l’un et tantôt vers l’autre de ses parents. Régulièrement, il les réunie de lui-même comme pour retrouver la source unique de son être et s’en nourrir. Quelque soit son choix, l’enfant répond toujours à un besoin qu’il escompte satisfaire. S’il se dirige vers son père, et que celui-ci le réoriente vers sa mère, la plupart du temps l’enfant exprimera une frustration ou un mécontentement. Il sait donc aller chercher de lui-même le « caractère » psychique dont il a besoin à un moment donné.

Lorsque l’enfant est capable de marcher, on peut observer qu’il ira fréquemment solliciter le père pour des jeux plus physiques, des moments d’exploration et de découverte plus risqués. Ainsi, Grégoire a appris spontanément les premiers gestes d’escalade en se hissant de lui-même régulièrement sur les épaules de son père. Il s’est risqué à sauter dans l’eau à la piscine en s’accrochant à l’une de ses mains. Il aime aller mesurer sa force à celle de son « coach». Quand il s’agit donc de prendre un nouveau risque « maîtrisé », l’enfant semble d’avantage porter à solliciter son père que sa mère.

Il est évident que les comportements des parents dès la naissance induisent une réaction de l’enfant propre à chacun d’eux. Lors d’un changement de couche, pour un même acte, l’ambiance ne sera pas forcément la même suivant le parent qui œuvre…Avec le père ce sera souvent un temps supplémentaire de jeux et d’apprentissage, avec la mère d’avantage un moment d’apaisement et de détente. Les frontières ne sont pas étanches. Mais, les comportements adultes deviennent une véritable boussole pour l’enfant qui saura parfaitement l’utiliser pour son développement psychique.

Ces observations, que nous pouvons tous enregistrer au fil de notre quotidien, ont fait l’objet d’études scientifiques menées par un chercheur, Daniel Paquette, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, qui pour résumer ses expériences qualifie de « relation d’activation » le lien que développent le père et l’enfant. «Même si les deux parents changent les couches et donnent le biberon, ils ne le font pas de la même manière, soutient-il. En stimulant l’exploration, la prise de risque contrôlée et la compétition, le père apporte quelque chose qui lui est propre et l’enfant va avoir un meilleur développement si les deux parents interviennent en fonction de leurs différences respectives.» Pour le chercheur il ne fait pas de toute que la différence sexuelle contribue au développement de l’enfant. En tous cas, voilà une piste à approfondir car la nature ne laisse rien au hasard. Et certainement pas cette différence sexuelle au cœur de l’histoire de chacun d’entre nous.

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