L’enfant et la musique

Dans de nombreuses traditions culturelles, le chant inaugure la vie musicale de l’enfant. Si l’on attend souvent en occident que l’enfant sache lire et écrire pour lui apprendre les bases de la musique à travers le solfège, on peut observer d’autres pratiques intéressantes dans des cultures différentes de la nôtre. La France est le pays du solfège et d’une certaine rationalité de l’enseignement musical. Ainsi, chez nous l’apprentissage de la musique est souvent conditionné par une relative maîtrise de la langue maternelle. Les premiers cours de musique interviennent donc souvent vers 6/7 ans. Pourtant, le chant peut constituer une excellente préparation aux apprentissages musicaux futurs. Le chant engage le corps et la sensibilité de l’enfant ce qui lui correspond parfaitement.
Il ne s’agit pas de remettre en cause l’enseignement classique de la musique mais d’envisager la possibilité de commencer une initiation très tôt. Des études scientifiques ont montré qu’il y a un lien entre la musique que les enfants ont pu entendre pendant leur vie intra-utérine et leurs premiers goûts musicaux vers 4/5 ans. Il existe aujourd’hui des méthodes qui permettent de commencer très tôt l’initiation musicale. Rien ne vaut bien évidemment le bain musicale que la famille peut offrir lorsque les parents chantent eux-mêmes ou jouent régulièrement d’un instrument pour embellir le « vivre ensemble ». C’est ce qu’à notamment intégrer le pédagogue-musicien Shinichi Suzuki dans le développement d’une méthode désormais célèbre à travers le monde.
Je souhaite vous la présenter en quelques mots. Plus que la méthode en tant que telle, c’est la philosophie qui la sous-tend qui me paraît intéressante. La parenté avec la pédagogie Montessori apparaîtra clairement.

Apprendre la musique comme une langue maternelle
Cette pédagogie s’adresse à des enfants dès l’âge de trois ans. Ayant observé comment les enfants apprennent leur langue maternelle, Suzuki à imaginer pouvoir confier un instrument de musique à des enfants dès leur plus jeune âge. Les enfants apprennent donc la musique comme une langue maternelle; ils savent la pratiquer avant d’en connaître les structures « grammaticales ». L’enfant va s’appuyer sur ses capacités de mémorisation et d’écoute pour acquérir ses premières bases musicales.
L’environnement musical
Comme dans la pédagogie Montessori, le professeur Suzuki insiste sur le rôle de l’environnement: l’entourage, la motivation et la pratique sont ainsi les piliers du développement des capacités musicales de l’enfant.
En ce qui concerne l’entourage, il est bien évident que son rôle est fondamental. L’esprit absorbant  de l’enfant s’imprègne profondément de toute l’ambiance musicale que sa famille peut notamment lui offrir. Le petit Mozart n’aurait certainement pas développé les mêmes talents sans la présence de son père et de tout le milieu musical dans lequel sa famille baignait.
Pour la motivation, la pédagogie s’appuie sur les parents…qui sont le relais du professeur pour l’aider à progresser. Suzuki, en plus d’être musicien, est un vrai philosophe. Il a compris toute l’importance du progrès par l’amour et l’attention vraie que les parents peuvent porter à l’enfant dans cette apprentissage. La motivation par les parents a pour objectif de créer un enthousiasme chez l’enfant et la joie de découvrir ce nouvel univers émotionnel qui s’ouvre à lui.
La pratique est le dernier élément fondamental pour structurer l’environnement musical de l’enfant. Des premiers gazouillis aux premiers mots clairement exprimés, il se passe plusieurs mois. C’est la répétition des mots avec les parents qui permet à l’enfant de leur donner vie. La musique demande la même régularité notamment à partir du jour où l’on entend les premières petites vocalises maladroites. C’est là que le chant peut offrir un point d’appui précieux. Il peut se pratiquer à tout moment de la journée et sans aucun matériel. L’oreille de l’enfant se développe et son corps assimile facilement les premiers éléments rythmiques. Des petits pas dansé sur une musique simple et belle peuvent aussi permettre à l’enfant d’enregistrer dans son corps les différents rythmes. Quand viendront les premiers cours de solfège, la lecture rythmique apparaîtra moins abstraite. Elle ne pourra pas abîmer le goût musical que l’enfant aura déjà développé au plus profond de lui-même.
D’un beau coeur…sort de la belle musique (Suzuki)
Pour terminer, voici en résumé les principes pédagogiques et philosophiques développées dans les instituts Suzuki
  • Amour, amour, amour: Les encouragements sont clés pour l’avancement. Un cœur bien cultivé crée un bon ton.
  • Apprentissage de l’instrument très tôt, souvent à partir de 3 à 5 ans: Un enfant commence à apprendre dès sa naissance sa langue maternelle.
  • Apprentissage avec l’oreille, et non pas les yeux: Comme un enfant va parler avant de lire, le Dr. Suzuki propose qu’il apprenne à jouer un instrument par l’oreille avant d’apprendre le solfège.
  • Répétition: Un travail quotidien est plus efficace qu’un travail hebdomadaire. De plus, les répertoires déjà travaillés sont systématiquement revus afin de s’améliorer techniquement et musicalement.
  • Implication des parents: Ce point est clé dans la pédagogie Suzuki car c’est dans un environnement familial favorable que l’enfant va pouvoir s’épanouir et se développer.
  • Immersion dans la communauté musicale: en assistant aux concerts ou en  écoutant de la musique classique à la maison.
  • Cours de groupe: en plus des cours individuels, la pédagogie insiste pour que les enfants jouent régulièrement en petits groupes afin de travailler l’écoute et le rythme, et prendre plaisir à jouer devant les autres….
Cette méthode a le mérite de rappeler que, traditionnellement, la musique ne s’acquiert pas avec des formules abstraites. Elle est d’abord vécue intuitivement, physiquement, au sein d’une communauté qui s’en nourrit de façon vivante. L’art d’associer les sons s’apprend ainsi avant la connaissance du solfège. La musique ne doit qu’être une source de joie. Une joie qui se partage…
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2 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Cindy

    Bonjour,

    un petit message pour apporter mon avis personnel (qui n'engage que moi) :

    J'ai personnellement suivi la méthode Suzuki. Certes, j'ai une bonne oreille et sais jouer plein de choses (piano)… par coeur ! J'ai souvent épaté des amis, très tôt, fait des auditions et même de la radio !

    Seulement, si on m'interromps dans ma concentration, impossible de reprendre le morceau parce que du coup, j'ai occulté le solfège (appris plus tard, mais je ne m'y intéressais pas beaucoup). J'estime du coup que je ne connais pas grand chose à la musique, et je regrette profondément d'être passée par cette méthode.
    Pour mes enfants, j'attendrai donc un âge un peu plus avancé pour qu'ils puissent apprendre 'dans les règles de l'art', en déchiffrant une partition.

    Que cela ne vous décourage pas, la méthode convient certainement à certaines personnes.

    Merci pour votre blog que j'apprécie beaucoup

  2. 2
    En Terre dEnfance

    Bonjour Cindy,

    merci beaucoup pour ce commentaire et ton témoignage personnel. Je pense aussi que c'est la limite de cette méthode. C'est la raison pour laquelle j'insistais sur le fait qu'il ne s'agit pas de remettre en cause les apprentissages traditionnels.
    Étant allemande d'origine, j'ai eu la chance d'apprendre le solfège en apprenant la musique. La théorie était donc bien présente mais toujours en relation avec l'expérience musicale.
    Le solfège reste un apprentissage important, mais il est beaucoup plus aisé lorsque le corps et la mémoire ont pu très tôt s'imprégner de la rythmique.
    En tous cas merci beaucoup pour cette intervention. Car une belle philosophie doit s'accompagner d'une bonne méthode d'apprentissage pour faire de la musique une réalité vivante.

    Je te souhaite un bon week-end!

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