Les parents et l’enfant

La pédagogie montessori est d’une richesse fascinante. Elle est aussi exigeante car elle suppose une réelle « conversion » de l’éducateur qui doit se mettre au service de l’enfant. Il m’arrive d’échanger avec des parents qui se demandent s’ils peuvent se lancer « plus ou moins » dans la pédagogie Montessori. Beaucoup trouvent cette pédagogie attirante. Le bénéfice pour le développement de l’enfant apparaît assez évident. Mais que faire qu’en nous n’avons pas les moyens? Que faire quand nous ne pouvons pas rester à la maison? Que faire quand il n’existe pas d’écoles Montessori dans notre région?
L’éducation parfaite n’existe pas, car l’éducateur peut toujours progresser. Il convient donc d’être réaliste et de voir ce qu’il est possible de faire dans un contexte donné. Mais, pour qui veut servir le développement de l’enfant à travers les étapes successives qu’il traversera, la tâche la plus ardue consistera à comprendre ce qu’il est afin de pouvoir réellement l’accompagner. On attend souvent des enfants qu’ils deviennent des « têtes bien faites ». Mais, en réalité nous sommes très approximatifs sur le « comment » qui fonde tout le développement éducatif. En interrogation sur la problématique éducative, nous préférons alors déléguer cette responsabilité à l’école et ses professionnels.
La relation privilégiée entre parents et enfants fait que l’éducation passera nécessairement par ce canal…quelque soit l’option choisie par ailleurs. Et, si le but de l’éducation n’est pas la production de « têtes bien faites » mais la formation de personnalités passionnées par la vie, les parents gardent un rôle fondamental dans l’orientation qui assurera la croissance de l’enfant. Dans une conférence (L’enfant dans la famille)que l’on trouve dans le recueil d’écrits « Dem Leben Helfen« , Maria Montessori en appelle à la « création »de nouvelles mères et de nouveaux pères. 
Pour éveiller notre conscience d’éducateurs elle nous montre que trop souvent nous ne prenons pas au sérieux les enfants. Sont-ils vraiment des personnes à nos yeux? Elle rapporte l’histoire d’un enfant à qui la maman racontait chaque année l’histoire du père Noël. Cette fois-ci, l’enfant se met à rire. La maman demande pourquoi. L’enfant répond qu’il sait depuis longtemps que le père noël n’existe pas. Et il ajoute devant l’interrogation persistante de la mère: « tu avais l’air si heureuse de raconter cette histoire »….Les rôles s’intervertissent car nous les prenons de trop haut. Alors nous nous nous abaissons en leur racontant toutes sortes d’histoires, et eux nous manifestent leur altitude psychique par des remarques dont ils ont le secret…
CORRIGER UNE ERREUR D’OPTIQUE
Les petites histoires que racontent Maria Montessori mettent en lumière le profonds décalage qui existe entre nos exigences de parents et les besoins réels de l’enfant. Rapidement les conflits surviennent. On les règle par des injonctions. On force l’obéissance…qui n’en a guère que l’apparence. Et la confiance dont l’enfant a besoin pour grandir s’évanouit comme un rêve transitoire. Les défauts surviennent alors. On les attribue volontiers au caractère « naturel » de l’enfant qu’il faudra s’empresser de corriger par une certaine forme de contrainte. La boucle est bouclée…
En réalité, c’est cette soumission forcée qui est à l’origine des nombreux défauts de caractère que nous attribuons aux enfants. « Ils apparaissent chez les enfants à qui a manqué la possibilité d’un développement intérieur calme. (…) Souvent l’adulte étouffe chez l’enfant cet instinct qui le pousse à agir…En un mot, il empêche le besoin de son esprit de se développer d’après les lois naturelles. Ainsi s’oriente l’activité de l’enfant sur de mauvaises voies. Elle se tourne vers des centaines de choses inutiles ou vers des jouets qui manquent d’un vrai but. (…) Le système nerveux de l’enfant souffre de ce combat et aujourd’hui les médecins reconnaissent que la cause de nombreuses maladies nerveuses sont causées par cette soumission contrainte vécue pendant l’enfance. Souvent les enfants montrent des symptômes dangereux comme l’insomnie, les angoisses nocturnes, des indigestions ou encore des bégaiements. Tous ces maux ont les mêmes causes. Les parents s’efforcent alors courageusement de soigner les maladies de leurs enfants et d’améliorer leur caractère. Ils épuisent leurs plus belles forces à éliminer les maux que eux mêmes ont finalement causés ».
Le constat est là. L’analyse colle a beaucoup de situations connues. Si l’on a fait beaucoup de progrès aujourd’hui concernant l’hygiène corporelle, il reste encore du chemin à parcourir en ce qui concerne l’hygiène psychique de l’enfant. Maria Montessori nous invite à libérer l’âme de l’enfant, à la regarder évoluer dès la naissance et à veiller sur elle. L’enfant a besoin que nous lui donnions les moyens de suivre les lois de sa nature sans l’entraver en permanence par des a priori qui ignorent ses aptitudes psychiques. Les enfants ont faim. Pas seulement de pain. L’énergie impétueuse qui les anime en permanence nous indique la puissance de leur besoins psychiques.


LEUR OFFRIR UN ENVIRONNEMENT ADAPTE
Plutôt que de collectionner les jouets dont l’intérêt ne les retient que trop peu car ils sont inadaptés à leurs besoins, Maria Montessori propose d’aménager la maison de sorte que les enfants puissent y vivre comme des adultes. « Nous devons donner à l’enfant un environnement qui lui appartienne: une vraie petite table, une petite chaise, une petite armoire à vêtement avec des tiroirs que l’enfant pourra ouvrir de lui-même, un petit lit dans lequel il pourra dormir sous une jolie petite couette avec laquelle il pourra se couvrir et se découvrir de lui-même. La maison devrait être ainsi organisée que l’enfant puisse réellement y vivre. Alors nous le verrons toute la journée travailler avec ses petites mains avant d’attendre avec impatience le moment où il pourra se déshabiller et se mettre de lui-même dans son lit. Il prendra soin de ses meubles et il veillera à ce qu’ils restent à leur place. Nous verrons alors un autre enfant, joyeux, calme, sans larmes, sans mauvaises humeurs, doux et obéissant ».
On peut se reporter avec beaucoup de profit à l’ouvrage de Jeannette Toulemonde qui donne mille idées d’aménagement pour rendre la maison plus viable aux enfants.

DÉVELOPPER LE SENS DE L’OBSERVATION
Parmi les compétences que l’adulte doit développer pour servir l’enfant, l’aptitude à l’observation est certainement la plus fondamentale. Il ne coûte pas cher de la développer. Elle demande néanmoins du temps et l’envie de passer ce temps à simplement observer. En agissant ainsi, l’adulte se donnera les moyens qu’aucun livre ne pourra lui apporter.
Ce souci de l’observation doit commencer dès la naissance et se pratiquer quotidiennement même s’il ne s’agit que de 10 ou 15 plusieurs fois par semaine. Cela permet de situer précisément l’évolution de l’enfant et des ses besoins. Lorsqu’un petit enfant « travaille » avec un petit objet pour développer sa faculté de préhension, nous sommes parfois capables de lui enlever des mains si le bruit nous dérange ou s’il nous faut le ramasser plusieurs fois après qu’ils soit tombé. Ceci provient du fait qu’en réalité nous ne sommes pas capables tout le travail qui est à l’œuvre entre ses petites mains. L’enfant découvre progressivement toutes les facultés de son corps. Ce n’est que par l’exercice et la répétition qu’il peut se l’approprier et incarner progressivement tout son potentiel psychique. En observant régulièrement tous ces petits gestes qui nous sont la plupart du temps indifférents, nous découvrirons toute la richesse de leur développement. Nous aurons surtout la capacité de répondre correctement aux besoins de leur croissance.

SOUTENIR AUTANT QUE POSSIBLE LEUR ACTIVITÉ
 Les deux aptitudes que nous attendons de voir survenir sont généralement la marche et le langage. Avant d’acquérir ces deux compétences qui distingue l’être humain de toute autre espèce, l’enfant passera par mille petits apprentissages. Tout l’art consiste à accompagner chaque mouvement sans forcer. L’enfant cherchera à manger seul. Il commencera par manipuler la cuillère. La propreté ne sera pas au rendez-vous. Mais en le laissant agir plutôt qu’en lui tenant la cuillère, il apprendra en réalité plus vite…et mieux…Et lorsque il arrivera dans la période sensible de l’ordre il nous demandera de lui essuyer la bouche…ou de nettoyer le moindre petit morceau de légume qui traînerait sur la table. Il faut surtout ne pas réprimer tous ces élans d’apprentissage. Cela n’est pas toujours facile. C’est la meilleure voie pour éviter le développement de déviations psychiques.
ACCUEILLIR LEURS ÉMOTIONS ET RECONNAÎTRE NOS ERREURS

La sensibilité des enfants est trop fine pour prendre leurs réactions à la légère. Lorsque l’enfant a mal, nous lui disons souvent: « ce n’est rien ». Cette mauvaise habitude leur donne l’impression que nous nions leurs émotions alors que nous sommes là pour les accompagner. Par ailleurs, en accueillant leurs émotions, nous leur donnons le courage de poursuivre leurs expériences. Enfin, nous leur montrons par notre exemple comment il est possible d’accueillir les souffrances de quelqu’un. Cela leur permettra de développer une véritable empathie qui n’aura rien d’une écoute distraite.
Maria Montessori insiste aussi sur la question de l’image parfaite que nous cherchons parfois à donner à nos enfants. « Il n’est pas important que nous soyons parfait à l’égard de nos enfants, mais il est important que nous reconnaissions nos erreurs et que nous acceptions leurs remarques« .

Tout un programme…réalisable à la maison sans dépense financière démesurée…Un dernier mot peut-être…Offrons à nos enfants les trésors du calme et du silence…Il n’est pas de meilleur alimentation pour leur équilibre psychique…

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