Maria Montessori: une pionnière du Continuum Humain

Maria Montessori est surtout connue pour son œuvre pédagogique. Sa proposition pour transformer l’éducation classique afin de servir le développement  des enfants est assez bien diffusée. Son œuvre ne se réduit pourtant pas à cela. A de nombreuses reprises Maria Montessori s’est exprimée sur le moment de la naissance et sur l’importance des premières années de la vie. Dans ce domaine on peut même dire qu’elle est un précurseur. Michel Odent, dans un de ses livres, « Bien naître », reconnaît que l’attention qu’elle a portée aux premiers instants de la vie font d’elle le prédécesseur de Frédérick Leboyer auteur du célèbre ouvrage « Pour une naissance sans violence ».
Le blog « En Terre d’Enfance » est né de l’observation suivante: le développement humain suit un continuum qu’il est important de respecter à chaque étape de la vie. En respectant les logiques de la croissance humaine l’adulte offre ainsi à l’enfant les meilleurs conditions de développement. En ouvrant ce blog, j’ai écrit un article sur le livre de Jean Liedloff intitulé « Le concept de continuum« . Ce petit article avait pour objectif de montrer la direction que nous cherchons à suivre dans le domaine de la natalité. J’avais alors l’intuition que la pédagogie Montessori et les connaissances liées au continuum humain gagneraient à dialoguer ensemble.

 MARIA MONTESSORI: UNE VIE AU SERVICE DU CONTINUUM HUMAIN
Maria Montessori est sans aucun doute une pionnière en matière d’éducation. Maria Montessori a par ailleurs jeté les bases d’une réflexion sur la natalité et la périnatalité physiologiques. Mais, lorsque  l’on porte un regard synthétique sur l’ensemble de son œuvre, elle apparaît comme étant la première à avoir développer une théorie expérimentale du Continuum Humain. Sa pensée demandera encore de nombreuses années pour être absorbée. Elle demandera aussi des approfondissements car le champ de connaissances auquel elle s’est intéressé possèdent les dimensions du cosmos. Mais son œuvre est en réalité beaucoup plus qu’un progrès significatif en matière de pédagogie. Elle est une base fondamentale pour envisager le développement humain dans toutes ses potentialités. 
C’est notamment dans l’un de ses livres, « La formation de l’homme » qu’elle témoigne de son intérêt tout particulier pour le développement de « l’embryon  spirituel ». « Ce n’est que depuis la première décennie de notre siècle que l’on a commencé à étudier l’enfant. Tous ceux qui se sont livrés à ces études en sont venus à la conclusion que les deux premières années de la vie sont les plus importantes parce que c’est au cours d’elles que se réalisent les développements fondamentaux qui caractérisent la personnalité humaine. Alors que le nouveau-né n’a aucune des capacités de l’adulte, pas même celle de se mouvoir, l’enfant de deux ans, lui, parle, court, comprend et reconnaît les objets de son environnement. (…). La vie se divise en périodes bien distinctes. Chaque période développe des propriétés différentes dont la construction est guidée par les lois de la nature. Si ces lois ne sont pas respectées, la construction de l’individu peut être anormale voire monstrueuse. Mais si l’on y veille, avec le souci de découvrir et de conforter les lois du développement, alors peuvent se manifester des caractères encore inconnus et surprenants dans lesquels on pourra progressivement entrevoir les fonctions internes mystérieuses qui dirigent la création psychique de l’homme. L’enfant a de grandes capacités dont nous ne savons pas encore tirer parti. Dans notre civilisation actuelle, l’un des dangers les plus menaçants est d’aller, dans l’éducation de l’enfant, à l’encontre des lois de son développement et de l’étouffer ou de le déformer du fait des erreurs et des préjugés courants« .
On peut voir à travers ce passage à quel point la dynamique du Continuum Humain guide toute la recherche de Maria Montessori. Pour elle, il est avéré que l’éducation commence là où la vie trouve son origine…

LE NOURRISSON A BESOIN DU CONTACT SOCIAL
En ne s’intéressant pas seulement aux enfants d’âge scolaire, mais en passant des heures à observer les nourrissons, Maria Montessori à remis en lumière le fondement psychique des actes physiologiques qui entourent le nouveau-né. Dans cet ouvrage, dont le titre évoque clairement cette idée de Continuum Humain, elle consacre tout un chapitre à la question du portage et de l’allaitement. Ce qui fait l’originalité de sa pensée dans ce domaine, c’est que sa réflexion s’inscrit dans le développement total de l’être humain. Le portage a des fondements physiologiques. Mais il s’inscrit aussi dans un développement global.
« Une conclusion logique s’impose: si l’enfant, dès la naissance, doit créer en puisant dans son environnement, il faut qu’il soit mis en contact avec le monde, avec la vie extérieure des hommes. Il faut qu’il participe ou plutôt qu’il assiste à la vie des adultes. (…) Si c’est à lui qu’incombe l’adaptation à l’environnement, il faut qu’il participe à la vie publique, soit témoin des coutumes qui caractérisent son peuple. Quelle étrange conclusion! Si l’enfant est enfermé dans des garderies, soustrait à la vie sociale, il sera donc réprimé, diminué, déformé et finalement sera anormal, incapable de s’adapter, parce qu’on lui aura soustrait les moyens qui lui sont nécessaires pour accomplir sa grande fonction. (…). Aujourd’hui, alors que l’on dispense aux enfants tant de soins d’hygiène et que l’on se soucie de leur repos au point de les condamner à dormir presque constamment, on voit se multiplier le nombre des enfants ou de jeunes difficiles, retardés, dénués de personnalités et de courage, qui s’expriment mal, hésitent, s’interrompent, voire bégaient; on voit de plus en plus d’enfants souffrant de troubles psychiques qui paralysent leur vie sociale. Pourtant, même devant l’évidence de ce spectacle affligeant, la proposition de multiplier les contacts de l’enfant avec les adultes laisserait perplexe. Tout le monde dirait: « Assurément la situation n’est pas saine, mais votre proposition est absurde« .
LE PORTAGE POUR TISSER LE PREMIER LIEN SOCIAL
Le précédent passage pose les prémisses d’une réflexion sur le portage. Loin de l’enfermer dans une simple lecture physiologique, elle l’inscrit dans une vision globale qui situe déjà l’enfant dans son rapport à la société. Elle montre ainsi que tout ce qu’on appelle aujourd’hui le maternage proximal doit se comprendre dans la logique de succession des périodes sensibles qui vont permettre à l’enfant de s’adapter progressivement à son environnement. En laissant de côté la fonction psychique et sociale du portage, on risquerait de manquer la cible.
« Regardons ce qui se passe dans la foule, sur le marché d’un village africain, par exemple, où l’on trouve des animaux et toutes sortes d’objets, de fruits et d’étoffes et où les gens discutent de leurs affaires. On y voit le nourrisson, l’enfant embryonnaire, regarder de nombreuses choses avec une étrange fixité; il regarde l’environnement sous ses différents aspects, tandis que la mère s’arrête faire ses emplettes et parler avec les gens. Le monde, l’environnement dans son ensemble, échappe à la mère mais pas à l’enfant« . Quelle belle compréhension de la fonction psychique du portage!
A propos de l’allaitement elle remarque que dans les peuplades primitives il dure « longtemps, plus d’un an, parfois même jusqu’à deux ans. Dans toute cette période importante de la vie, l’enfant fait la conquête de son environnement. En réalité, le corps de l’enfant n’a pas vraiment besoin du lait de sa mère pendant une période aussi longue; l’allaitement n’est plus nécessaire, mais la mère guidée par un instinct d’amour, ne veut pas se séparer de l’enfant et continue à le porter, en dépit de son poids qui s’est bien accru« . C’est l’instinct maternel qui doit sentir quand l’enfant est prêt à passer définitivement à une autre nourriture qui est le signe d’une croissance non forcée de son indépendance. Mais, c’est bien le lait maternel qui est le premier vecteur de l’amour que l’enfant reçoit de sa mère.
« Ces témoignages naturels ne doivent certes pas être considérés comme révolutionnaires. Mais nous les regardons avec admiration et avons tendance à attribuer au mérite de ces coutumes le caractère tranquille de ces enfants, qui ne souffrent pas des difficultés et des problèmes qu’ont les nôtres. Le secret est simple et tient en deux mots: lait et amour« .

NAISSANCE ET ÉDUCATION
Ces passages montrent clairement que la pédagogie de Maria Montessori est beaucoup plus qu’une proposition éducative. Elle est une  proposition totale, fondée sur l’observation des lois naturelles, dont le respect « grammatical » permettra à l’individu  d’écrire correctement sa vie. Elle donne dans le domaine de la natalité des pistes. Celles-ci ont depuis son époque été bien approfondies. Mais la pertinence de ses analyses demeure car elles s’enracinent dans l’observation des lois du développement qui se succèdent pour former l’homme. « A partir de ce constat, on peut préciser les buts à poursuivre: « Il faut créer une nouvelle éducation commençant dès la naissance. Il faut reconstruire l’éducation en la fondant sur les lois de la natures et non sur les idées préconçues et sur les préjugés des hommes. (…). Chose vraiment étrange! Les gens ont peur que les caresses et les contacts physiques de la mère ne soient dangereux et indécents au motif qu’ils pourraient éveiller l’instinct sexuel de celui qui vient à peine d’arriver dans le monde! A cause de cela on expose les enfants au danger de perdre leur personnalité, leur capacité d’adaptation et d’orientation dans ce monde compliqué où ils viennent d’arriver« .
On croirait entendre Frédérick Leboyer et Michel Odent interpellant l’obstétrique moderne dont la pratique « technologiste » pourrait mettre en péril rien de moins que la capacité à aimer de l’homme actuel….Sur le terrain du Continuum Humain, Maria Montessori restera certainement l’un des guides les plus expérimentés et les plus complets….

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