Quand on ne sort jamais de l’étonnement

Avec le premier enfant, on ne sait rien. Tout est à apprendre. On n’a pas l’habitude de voir, pas l’habitude d’entendre. On tatonne, on essaye. On tente d’appliquer « des concepts » pédagogiques comme ceux de M. Montessori, même si c’est dur, même si on n’a pas de recul, pas de point de comparaison. Le temps aidant, on progresse avec l’enfant. On prend confiance. On devient patient, on laisse faire à l’enfant ses expériences vitales… Le développement devient plus clair…
On se croit alors un petit peu plus « assuré » dans l’apprentissage. On pourrait se dire qu’enfin on a compris quelque chose à cette pédagogie fabuleuse qui respecte le rythme de l’enfant et ses phases de développement. 
Et puis, vient le deuxième enfant. On se croit maintenant « expérimenté », tout est plus facile, on est rodé. Mais, et il reste un « mais »: tout est en fait si différent!… L’enfant n’est pas le même, même si les parents n’ont pas changés…
L’enfant est unique et nous le voyons chaque jour. Le développement n’est pas le même (du tout!!), chaque enfant progresse sur des plans différents et à des vitesses différentes.
On tombe de plus ou moins haut. On a beaucoup à réapprendre avec chaque enfant. L’unicité fait que le développement est différent et du coup tout se chamboule!
Avec l’ainé je pensais avoir avancé « correctement », mais le second me fait prendre conscience que j’ai fait certes de mon mieux, mais que l’enfant reste un univers infini. A l’époque j’avais une conscience moindre de ce qu’est l’enfant et j’avais un sens de l’observation moins développée. C’est donc tout à fait normal de voir les choses plus profondément quand on est plus avancé… Néanmoins, il faut accepter de recommencer le travail, et avoir à nouveau la patience de laisser faire l’enfant…


En fait, l’enfant est comme une longue route avec de nombreux virages…dont on ne voit pas le bout…Notre vocation ne consiste pas à lui dessiner sa route jusqu’au bout mais plutôt à lui donner le contexte qui lui permette de se mettre en route… Nous restons au bord de cette route pour observer l’enfant qui chemine seul. En tant qu’adulte, nous voyons les virages plus ou moins bien d’ailleurs… Nous pensons aussi voir les raccourcis possibles…. Et nous nous disons alors souvent: il faudrait faire cela pour éviter ceci ou pour aller plus vite…
Mais l’enfant n’apprend bien que par lui-même à son rythme aussi unique que l’est son ADN. Et ce rythme est totalement différent du nôtre. C’est le rythme d’un esprit absorbant, qui évolue fondamentalement à l’aide de l’intuition tandis que le nôtre est guidé par l’intellect qui décortique. L’intuition est toujours juste car elle saisit le réel sans le décomposer et dans sa profondeur. De ce fait, l’enfant saisit mieux que nous le sens de la vie et son fonctionnement. Paradoxe pour l’adulte qu’il vaut mieux ne pas ignorer…
Alors pour mieux apprendre, il m’arrive de congédier mon « intellect » pour laisser simplement la place à mes cinq sens…Je réapprends à voir…Il est étonnant de voir ce qu’on peut voir quand on ne fait que regarder sans arrière-pensée! Il est totalement surprenant de voir un petit enfant d’à peine un an et demi faire et refaire une activité… inlassablement!
Je suis assise dans mon fauteuil et le petit Théophile apporte plusieurs  voitures. Il veut les aligner et les faire rouler sur l’accoudoir de mon fauteuil. Il commence, une, deux, trois voitures. Puis une première voiture tombe par manque de place… Pour l’ainé, mon réflexe aurait été d’empêcher la voiture de tomber ou alors de la ramasser pour consoler un petit garçon « énervé ». En observant mon petit, et dans l’optique de ma propre progression, j’observe simplement, sans rien faire, sans rien dire. Je regarde la voiture tomber… A mon grand étonnement, l’enfant, qui a l’habitude de faire par lui-même, se penche pour ramasser la voiture sans aucun signe d’énervement. Et il recommence. Parfois, il y a plusieurs voitures qui tombent, et à certains moment, mon fils me regarde l’œil un brin humide. Dans ce cas, quand je vois qu’il est « limite », je lui dit que la voiture est tombée et je lui demande s’il veut la chercher. Il dit toujours oui, et c’est reparti.
Je suis impressionnée par son assiduité et sa persévérance. Il ne se laisse que rarement démonter par la tâche. Ou alors, parfois, lorsqu’ il est près de moi, il s’énerve un peu. Alors un petit mot de soutien lui suffit souvent pour continuer… sans mon aide…

Théophile est dans sa phase « j’enfile toutes les chaussures qui trainent »…. et ses préférées sont les bottes de son frère. Mettre des bottes, c’est particulièrement difficile, puisqu’on risque de tomber quand on met le pied dedans. La patience doit être au rendez-vous, surtout lorsque l’enfant est encore si petit! Je le vois alors mettre la botte debout, essayer de mettre le pied dedans, la botte tombe, une fois, deux fois.. Il la ramasse, la remet debout, l’enfile parfois à l’envers…Il a une endurance qui m’épate. Combien de fois un enfant plus grand ce serait énervé… et nous donc! Mais le petit enfant travaille à ce moment là. Un travail qui le concentre, qui le rend maître de lui même et de ses gestes.

Autre grande passion du moment: il veut accrocher les petits trains aimenté, les faire passer sur un pont…  Je n’ai jamais vu mon grand faire de même. Mais bon, il n’avait pas non plus l’exemple du grand frère… Il passe des longs moments à essayer d’accrocher ses wagons, à les faire passer sur le pont… C’est dur parfois de le voir chercher la solution. Combien nous aimerions « donner » la solution, mais plus j’observe, plus je me rend compte que rien n’est aussi constructif que le travail fait par l’enfant aussi petit soit-il! Et s’il a l’habitude de « trouver » les solutions, il gardera probablement ce désir de faire par lui-même pour toute sa vie… Laissons alors faire les petits enfants, même si cela nous parait « bête » ou « insensé ». Le travail de leurs petites mains est tellement constructif pour eux!

Avec mon grand, je vis souvent un moment de dépassement de moi-même quand il fait des puzzles. Il a depuis deux mois environ attaqué les puzzles de 30 pièces sans support. Quand je suis à coté de lui, j’ai mes mains qui s’agitent, ma tête qui veut faire… C’est horrible d’avoir cette envie d’aider l’enfant qui essaye d’assembler deux pièces de puzzle qui ne vont pas du tout ensemble! Mais quelle idée ces deux pièces! On voit bien que ca ne va pas, pourquoi essayer alors? Je suis une fan de puzzle et voir mon enfant galérer avec quelques pièces m’est vraiment difficile… Et pourtant… il faut bien laisser faire! Et puis, quand on voit le résultat, on a la preuve que l’enfant y arrive tout à fait à sa façon! C’est une façon bien lente, bien différente de la nôtre, mais il faut l’accepter, la respecter pour son bien-être et sa croissance.
L’enfant ne fait pas un puzzle selon une « logique ». Il le fait sensoriellement au début. D’ailleurs, il est  fascinant de voir comment les petits enfants font des puzzles! Comme je le disais plus haut, ils essayent pièce par pièce. Ils ne regardent pas le dessin au début, c’est une expérience d’encastrement: si une pièce va avec une autre c’est parfait! Plus tard, l’enfant cherchera les pièces d’avantage selon les couleurs ou encore suivant le dessin… Mais chaque chose en son temps.
Voilà une petite parenthèse pour souligner toute l’importance de l’observation, de la patience et du respect  au coeur de l’activité pédagogique. On peut toujours faire des progrès… Et au final, c’est bien cela qui est passionnant avec ces petits êtres: il est possible de les redécouvrir chaque jour…ce qui nous ôte tout risque d’ennui…
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