Réfléxions autour de l’accouchement

Il m’arrive en ce moment de repenser à mon dernier accouchement et aux neuf mois qui l’ont précédé. L’impression d’avoir été perturbée lors mon premier accouchement m’avait stimulé à poursuivre mes recherches en quête du meilleur cocktail possible. Je me rendais de plus en plus compte que certaines conditions pouvaient générer des inhibitions pendant l’accouchement (ex du stress occasionné par l’infirmière). L’haptonomie fut pour moi une excellente préparation. Je compris réellement pourquoi après plusieurs mois…
D’un point de vue scientifique, on sait que lors de l’accouchement d’une femme, c’est la partie la plus ancienne de son cerveau, celle que nous partageons avec les autres mammifères, qui agit le plus (hypothalamus, hypophyse..). Cependant cette activité archaïque du cerveau peut facilement être gênée par des interférences des fonctions néocorticales (partie la plus nouvelle du cerveau humain). En prendre conscience, c’est déjà faire un pas vers ce lâcher prise indispensable à l’accueil d’une vie nouvelle…
Donner la vie est un acte qui dépasse l’être humain, en l’occurrence la femme…. La dépassant, il l’invite à un peu de modestie. Celle de ne pas vouloir contrôler ce qui se passe. D’où la nécessité d’un véritable lâcher-prise. Il est des contextes qui empêchent totalement ce lâcher-prise. Le néocortex alors sur-stimulé prend le dessus et mais en sourdine d’autres fonctions vitales. Difficile de se laisser bercer par une sonate de Beethoven quand on vous serine en parallèle la liste des courses à faire pour le week-end. Difficile encore d’échanger un peu de tendresse physique à quelques minutes de recevoir les voisins pour un dîner au demeurant sympathique…
Il existe mille situations dans lesquelles nous aimerions nous abandonner au génie vital de notre bon vieux cerveau. Mais en vain, car les ondes corticales nous poussent à changer de fréquence bien malgré nous…

L’accouchement est manifestement un acte qui appartient aux profondeurs de la vie. Cet acte n’est pas le fruit de grandes théorisations. Il requiert un abandon. Il est mieux accompagné par les cris de la femme en travail que par les conseils techniques d’un plateau de spécialistes. Pourquoi? Simplement car toute naissance est un acte de la vie et non un acte médical.
L’un des secrets de l’accouchement réside dans les conditions qui l’entourent. La femme recherche un abri. Son corps aspire à la pénombre. Au calme. A l’intimité. Elle cherche à s’abandonner au mystère de la vie en faisant taire toutes ses inquiétudes.

Michel Odent, obstétricien et fondateur du « primal Health Research Center » (qui étudie les corrélations entre ce qui se passe durant la grossesse, la naissance, la santé et les comportements ultérieurs) évoque dans sou ouvrage « L’amour scientifié » les facteurs qui peuvent venir perturber le processus qui mène à la naissance:

  • le langage rationnel est l’un de ses facteurs. Il doit être utilisé au minimum et principalement pour répondre aux attentes de la femme qui va accoucher
  • la lumière joue un rôle important. Une lumière tamisée sera plus apaisante qu’une lumière violente.
  • le fait de se sentir observé. Voilà un parasite important lors de l’accouchement. L’intimité est alors perturbée. Des études scientifiques montrent les inhibitions que subit un sujet observé malgré lui.
  • toute situation enfin qui provoquera des sécrétions d’hormone de la famille de l’adrénaline. La femme qui accouhe doit se sentir vraiment en sécurité. La présence d’une sage-femme avec qui elle a pu développer une vraie relation de confiance permet de se sentir en sécurité sans se sentir observé. C’est une sorte de figure maternelle.

Voici un des enjeux (entre beaucoup!!) que cause la médicalisation lors d’un accouchement:
« L’incompréhension de la physiologie de l’accouchement est perceptible chaque jour dans les maternités. Pour remplir ses dossiers, la sage-femme doit souvent poser des questions précises à la femme en travail. Il est de plus en plus habituel que le père du bébé soit présent dans la salle de naissance avec une caméra, c’est à dire un instrument qui peut être perçu comme un moyen d’observer. La surprise qu’ont manifesté de nombreux médecins à la publication de certaines études scientifiques est en elle-même hautement significative d’une incompréhension largement répandue. Une douzaine d’études ont eu pour objectif d’évaluer le rapport entre bénéfices et risques de l’enregistrement continu par monitoring électronique du rythme du cœur du fœtus pendant l’accouchement, par comparaison avec l’auscultation intermittente. Tous les statisticiens sont parvenus à la conclusion que le seul effet constant et significatif du monitoring électronique sur les statistiques était d’augmenter le nombre de césariennes. La première réaction de nombreux médecins a été qu’il fallait apprendre à mieux interpréter les graphiques et que la priorité était de mieux éduquer ceux qui assistent les femmes en travail. La réaction complémentaire a été d’explorer des techniques plus sophistiquées de monitoring continu. Les professionnels qui partagent cette incompréhension de la physiologie ont des difficultés à remettre en cause le principe du monitoring électronique. Ils ne peuvent pas imaginer que le simple fait qu’une femme en travail sache que ses fonctions corporelles sont motorisées représente une stimulation de son néo cortex, et que cela peut rendre l’accouchement plus difficile et donc plus dangereux. En d’autres termes, le monitoring électronique est efficace pour déceler immédiatement certaines souffrances fœtales, mais il est en lui-même une cause de souffrance fœtale, et finalement les risques l’emportent sur les bénéfices« .

PARTAGER :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *