Alexander von Humboldt, un précurseur de l’écologie et de l’éducation cosmique

Explorateur et Aventurier

Peu de gens connaissent aujourd’hui encore son nom. Et pourtant, à son époque, cet homme contemporain de Napoléon était le plus connu après l’empereur. Autant scientifique que grand explorateur, son oeuvre est à redécouvrir tant il fut à la fois une source d’inspiration puissante pour Darwin que pour avoir anticipé et compris avec une grande justesse la situation écologique de notre monde actuel.

Nous sommes en 1802 alors que Alexander von Humboldt tente d’escalader ce qui est le plus haut sommet connu de l’époque: le Chimborazo  culminant à plus de 6000 mètres d’altitude. Chaussures fendues, barbes gelées, le nez en sang l’expédition ressemble à l’une des plus grandes épopées humaines. Parvenu au sommet en dépit des conditions exténuantes, Humboldt revient de son voyage avec une vision qui sera à l’origine de son oeuvre majeure: Cosmos.

Sa performance hors-norme ne manque pas de contribuer à sa renommée internationale. Mais cette aventure joue aussi un rôle décisif dans la pensée scientifique et écologique du grand explorateur. Il repère successivement de vastes échantillons de végétations: tropicales dans les plaines, tempérées à mi-hauteur, et quasi arctique au sommet du volcan. Il reproduit ensuite avec soin, dans son Atlas sud-américain, toutes les plantes qu’il a rencontrées au fur et à mesure de son ascension. Sa vision va alors radicalement changé la perception commune de la nature et de la place occupé par l’homme dans le monde. Pour lui l’homme est un organisme parmi tant d’autres qui doit apprendre à coopérer avec la nature.

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Source: Wikipédia.fr

Un Naturaliste “Cosmique”

Après ce périple de cinq ans en Amérique du Sud, Humboldt va s’établir vingt à Paris où l’effervescence scientifique contribue à nourrir ses réflexions et ses échanges. Il va dès lors s’employer à publier des comptes-rendus minutieux de son voyage. Ses écrits constituent le plus gros thesaurus jamais produit sur l’Amérique équatoriale: étude des civilisations primitives du mexique et du Pérou, recueil d’observations de zoologie et d’anatomie comparées, essai politique sur le royaume de la Nouvelle Espagne, recueil d’observations astronomiques, physique générale et de géologie et son ouvrage favori “La géographie des plantes”.

Mais ses publications ne s’arrêteront pas là. Revenu du Chimborazo avec une vision globale de la nature, il souhaite aussi la mettre à disposition du plus grand nombre avec un ouvrage qui occupera les vingt dernières années de sa vie: Cosmos. Avec cet important travail d’écriture, Humboldt s’est efforcé de rassembler toutes les connaissances de son temps entre “ciel et terre” pour un large public. La connaissance cosmique il la voulait accessible au plus grand nombre. Dans sa préface il écrit: “je désirais saisir le monde des phénomènes et des forces physiques dans leur connexité et leur influence mutuelles”.

Aux croisements de nombreuses disciplines scientifiques, il est à l’origine de ce qu’on pourrait appeler la méthode interdisciplinaire. Son travail a inspiré de grands naturalistes comme Charles Darwin, des philosophes comme Henry David Thoreau et on retrouve son approche dans les principes de base de l’éducation cosmique de Maria Montessori. Pour lui “la nature est un réseau du vivant” où “tout est relié comme par des milliers de fils”

Au moment où la science s’éloigne de la nature pour s’enfermer dans les laboratoires et les universités séparées en disciplines étanches, Humboldt montre les liens indissolubles entre celles-ci. S’aventurant parmi les différentes disciplines scientifiques, il développe alors une nouvelle approche de recherche coopérative.

Dans sa longue introduction Humboldt détaille sa vision du monde. Pour lui, la nature est un “tout vivant” dans lequel les organismes se lient entre eux en “un tissu complexe comme une toile”. La description du monde et l’expérience du monde ne doivent pas être utilisées séparément. Chaque détail ouvre sur le tout, comme le tout contribue à mieux faire comprendre chaque détail. Tel est le vaste panorama cosmique qu’Humboldt offre à ses lecteurs.

Tableau Physique
Source: ZENTRALBIBLIOTHEK ZÜRICH/WIKIMEDIA COMMONS

Un précurseur de l’écologie

Pour découvrir cet homme hors du commun dont nous célébrons le 250ème anniversaire, on pourra tirer un grand profit de la traduction française du livre de référence d’Andréa Wulf.

“Les livres, les journaux et les lettres de Humboldt révèlent un esprit très en avance sur son temps: c’était un visionnaire. Il inventa les isothermes (…) et découvrit l’équateur magnétique. Non seulement, il a compris que le globe est sillonné par des zones de climat et de végétation, mais il a surtout totalement changé notre conception de la nature. Il s’est intéressé aux liens entre les choses: rien -pas même le plus petit organisme- ne devrait être examiné hors de son contexte. Ce principe fait de lui l’inventeur de la notion de réseau du vivant, une conception de la nature fondamentale aujourd’hui”. (Wulf)

“Il suffit de concevoir la nature comme un réseau, ou une toile, pour comprendre à quel point elle est vulnérable. C’est au lac de Valencia au Venezuela en 1800, en constatant les dommages causés par les plantations coloniales, que Humboldt parla le premier d’une influence néfaste des activités humaines sur le climat. La déforestation avait rendu la terre stérile, le niveau de l’eau baissait dans le lac et, avec la disparition de la végétation, les pluies torrentielles lessivaient les sols des montagnes environnantes. Humboldt fut ainsi le premier à montrer le rôle de la forêt, sa capacité à humidifier l’atmosphère et à la rafraîchir, son importance pour la rétention de l’eau et la lutte contre l’érosion. Il lança une mise en garde, redoutant l’influence de l’activité humaine sur le climat, et de graves conséquences pour les générations futures.” (Wulf)

L’histoire retiendra qu’en fondant la biogéographie, il fut certainement le premier des écologistes du monde moderne. Alors qu’on ne parlait pas encore de biodiversité; il perçoit la profonde unité des espèces au-delà de la variabilité de leurs formes et de leurs conditions de vie. Dès son retour d’Amérique, il écrivait: “Que ce fût dans la forêt amazonienne ou sur les hauts sommets des Andes, j’ai toujours eu conscience qu’un seul souffle insuffle une seule et même vie aux roches, aux plantes, aux animaux et à la poitrine de l’homme.  » Son  intuition se retrouve aujourd’hui au coeur de l’écologie contemporaine.

Humboldt nous invite à poursuivre son aventure afin que l’histoire naturelle reste un lieu d’exploration dans lequel s’inscrive naturellement notre propre histoire. Car, unis par un seul souffle, entre Ciel et Terre, nous sommes tous membres de la grande famille de la Vie. Nous sommes tous connectés à ce merveilleux réseau de vie organique.

Auteur: Eymeric de Saint Germain

Bibliographie: Andrea Wulf, « L’Invention de la Nature », Les éditions Noir sur Blanc, 2017.

Pour aller plus loin autour de l’Education Cosmique:
L’Education Cosmique de Maria Montessori
Les points forts de l’Education Cosmique
Les besoins spécifiques de l’enfant de 6 à 12 ans

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