Le père et le lien d’attachement

On parle beaucoup du lien d’attachement entre la mère et l’enfant. A juste titre. On parle moins, du rôle des pères dans la toute petite enfance. Est-ce un tort?
Le professeur de psychologie et spécialiste de la petite enfance, Jean Le Camus, a développé l’idée à travers ses recherches que l’enfant aspire autant à créer un lien d’attachement avec sa mère…qu’avec son père. 
Conscient des limités de certaines théories psychanalytiques qui limite l’action du père à une « opération de séparation » entre la mère et l’enfant, les travaux de Jean Le Camus tendent à montrer qu’un lien d’attachement précoce entre le père et l’enfant contribuera fortement à son développement psychique. Une réduction du rôle du père à l’action séparatrice et aux prescriptions autoritaires fosse la dynamique d’accompagnement et d’attachement qui devrait unir le père et l’enfant. « La pratique de l’autorité du père, entendu au sens de prescription de règles et de rappel des limites, n’est absolument pas incompatible avec l’apport de sécurité, de compréhension et d’affection. On serait tenté d’ajouter, « bien au contraire » : l’autorité véritable d’un père, celle qu’un enfant admet et respecte, c’est celle qui procède du désir de faire grandir (l’homme est alors entré dans la phase de la « générativité » chère à Erikson), qui procède aussi de la confiance mise dans les potentialités de l’enfant, qui procède enfin de la pratique de l’écoute et du dialogue« .
Lorsque l’on se demandait, il n’y a pas encore si longtemps, quand les pères devaient commencer à intervenir dans l’éducation des enfants, il n’était pas rare d’entendre: « après la période de la mère », c’est à dire après la période de la petite enfance. Les points de vue ont depuis évolués.Les scientifiques ont notamment montré que les bébés sont capables de:
– différencier le père de la mère dès l’âge de 3 mois
– d’une meilleure interaction relationnelle au sein de la triade familiale lorsque les pères ont fait preuve d’un bon investissement émotionnel et cognitif.
« Il est maintenant nettement établi qu’un père suffisamment présent dans les soins et le jeu devient une figure d’attachement au même titre que la mère et les personnes qui sont dans la proximité relationnelle du bébé. L’enfant préfère habituellement la « base de sécurité » maternelle, notamment quand il se sent en difficulté (fatigue, maladie, présence d’étrangers…), mais les fameux critères d’attachement que sont la « protestation lors de la séparation » et la « consolation lors de la réunion » se trouvent satisfaits dans les observations menées en contexte paternel« .
Ainsi Jean Le Camus encourage vivement les pères à « intervenir » au plutôt dans l’éducation de leurs enfants…avant même leur naissance si possible…Il montre que leur implication précoce aura une influence nette sur la sociabilisation de l’enfant, dans le développement de la communication (l’enfant se voit contraint d’élaborer plus rapidement un langage compréhensible, le père n’ayant pas le bénéfice de l’instinct maternel), et dans les apprentissages cognitifs.
Pour que chacun des parents puissent jouer son rôle, Jean Le Camus insiste sur la nécessaire réciprocité dans la confirmation des rôles.  » Il est clair que l’on ne devient parent qu’à la condition d’être accepté et reconnu par l’autre parent: en ce sens, la mère « fait le père au même titre d’ailleurs que le père « fait » la mère. Mais il est tout aussi clair qu’être père, c’est d’abord accepter et décider de l’être, c’est à dire d’en prendre la responsabilité puis essayer d’assumer cette responsabilité. C’est l’écrivain philosophe Alain Etchegoyen qui écrivait récemment: « Je pense souvent à une affirmation de Nietche « Vénérez la maternité, la paternité n’est souvent qu’un hasard ». Aujourd’hui on peut transformer ce hasard complètement, on peut en faire une nécessité, un choix; ça j’en suis certain. C’est à la fois une chance et une exigence. C’est beaucoup plus difficile mais infiniment positif’.
« Il me semble par ailleurs qu’on ne peut plus défendre la thèse de la «monoparentalité psychique» originelle et qu’il faut lui préférer la thèse de la biparentalité. L’optimum de développement de l’enfant et de son équilibre ne peuvent pas s’accommoder d’un rôle paternel biphasique (spectateur pendant l’âge de la mère, acteur par la suite). Il exige que chaque parent soit totalement et d’emblée dans sa place de parent sexué : qu’il y ait «une double présence très tôt» dit le même Etchegoyen ».
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