« L’haptonomie » par Dominique Décant-Paoli

L’haptonomie, livre de Dominique Décant-Paoli résume en partie les livres de Frans Veldman, qui eux, sont très compliqués à lire pour des « laïcs »… Je vous propose ici quelques morceaux choisis de ce livre écrit par un spécialiste de l’haptonomie. Une sorte de petit Vade Mecum sur le sujet…extrait de ce ce petit ouvrage qui reste complexe tant sont nombreux les néologismes et les expressions abstraites.

L’accompagnement pré- et postnatal haptonomique des parents et de leur enfant (tiré du chapitre « Applications de l’haptonomie »)
[…]
« L’haptonomie ne peut en aucun cas être comparé aux préparations à l’accouchement, puisque son projet est beaucoup plus vaste. Il s’agit d’un accompagnement de la parentalité qui commence tôt dans la grossesse (voire avant la conception dans certains cas) et se termine quand l’enfant se met debout et marche. Cet accompagnement favorise le développement des liens affectifs entre le père, la mère et l’enfant en leur permettant de vivre une relation de tendresse dès le giron maternel. Il permet à l’enfant d’acquérir très tôt une sécurité de base, source d’autonomie, de capacité à communiquer et de confiance en lui et en son entourage.
[…]
Ce contact est souvent très émouvant et très joyeux pour eux lorsqu’ils découvrent la première fois que leur enfant vient à leur rencontre et répond à leur invitation.
Cet échange sollicite un engagement affectif de la part des deux parents et doit se poursuivre et se répéter souvent, pour mûrir et se développer car il implique une progression, il s’adapte aux différentes étapes de la grossesse. C’est pourquoi il est souhaitable qu’il débute le plus tôt possible pour permettre la maturation de cette relation affective.
[…]
Très rapidement une relation affective se noue entre les trois, qui déjà, tôt avant la naissance, donne à  l’enfant le sentiment de se vivre comme Bon, ce qui lui permet de développer une sentiment de sécurité, essentiel pour l’épanouissement de soi et le développement de son individualité.
[…]
La présence du père au cours de cet accompagnement pré- et postnatal est essentielle, parce qu’il prend sans retard la place dans la relation triangulaire, au plus grand bénéfice des trois membres de la triade. Bien des pères se sentent exclus de cette période et le vivent comme une affaire de femmes où ils se sentent bien maladroits. Avec l’haptonomie, ils découvrent qu’ils ont un rôle très important. En effet, le père,  constitue le recours affectif de la mère. Il la soutient, l’accompagne et l’accueille, y compris dans les gestes très précis qui l’aident pendant la grossesse et au moment de l’accouchement.
Dans les jeux de contact avec l’enfant, sa place de tiers est primordiale. Elle permet à l’enfant de se vivre dès sa vie prénatale comme membre d’une triade et non pas en binôme avec sa mère. Très tôt il discerne la présence de son père, se manifeste quand il revient après quelques jours d’absence, et s’approche du coté de sa voix quand il parle.
[…]
Si le père,  bien que disponible durant la grossesse, ne souhaite pas cet accompagnement, il faut renoncer à le faire sans lui. 
Cela pourrait être néfaste pour l’avenir de la relation entre le père et l’enfant, voire pour celle du couple et  de la famille. Son exclusion – de fait – de tout un développement affectif et sensible est, de toute façon, contraire à l’instauration de cette triangulation précoce si utile au remaniement du lien qui unit les parents dans le passage de deux à trois. Ne pas respecter le père dans son refus, c’est aussi ne pas respecter son enfant; or l’haptonomie implique toujours une éthique du respect.
Par contre, si l’accompagnement, souhaité par la père, ne peut être conduit en présence du père, parti ou décédé, la mère et l’enfant peuvent et doivent être accompagnés par une personne proche de la mère.
Cette personne, qui peut être une femme ou une homme, est alors en position quatre, elle ne remplace en aucun cas le père qui est, de fait, présent en l’enfant, mais elle permet que l’enfant et la mère ne s’enferment pas dans un échange binaire qui, au total, serait étouffant pour eux et donc possiblement nuisible au long cours.
[…]
La maman découvre qu’il lui suffit d’avoir le sentiment d’inviter son enfant vers son cœur, vers son bassin ou vers son père pour que celui-ci se déplace dans cette direction. Ainsi elle le berce véritablement de l’intérieur. Le père, lui, appelle depuis sa position extérieure, ce qui est tout différent. Mais, pour que l’on soit bien dans cette relation haptonomique, il est indispensable que la mère accompagne de l’intérieur l’enfant dans ses réponses à son père.
Il n’est pas pensable, du point de vue de l’étique haptonomique, de prendre un contact affectif avec un enfant dans le giron maternel si l mère n’y participe pas et ne se sent pas elle-même présente, accueillie et confirmée.
[…]
Grâce à ces contacts, l’enfant reçoit une confirmation affective, essentielle pour son développement, et, par ses réponses, il confirme à son tour ses parents. C’est donc toute la triade qui est transformée par cette dynamique.
[…]
Le sentiment de bien-être, d’entièreté que vit la mère dans ce contact affectif avec le père et son enfant, change son tonus musculaire et ligamentaire de façon très spécifique, il devient beaucoup plus souple.
On observe également une modification des sécrétions hormonales (endorphines et cortisol). Il y a ainsi moins de contractions pendant la grossesse et cela favorise le portage harmonieux du bébé. Son positionnement dans le giron s’en trouve ainsi amélioré.
[…]
Dans la communication affective établie au cours de l’accompagnement, les parents ont appris à sentir et écouter ce que fait leur enfant. Ils ont découvert qu’il était capable de prendre des initiatives et d’amorcer le mouvement de leurs échanges au cours de leurs rencontres réitérées. Tout cela les aide à faciliter et raccourcir le temps de sa descente dans la filière génitale et, loin d’être « expulsé » comme un corps étranger à la naissance, il « se fait naître » avec le soutien de ses parents. Tout concourt, dans l’accompagnement périnatal, à favoriser l’ouverture chez la mère et à empêcher la survenue de tensions superflues qui sont une entrave au déploiement de sa propre intentionnalité vitale et e celle de son enfant. Celui-ci veut quitter le giron maternel pour entrer au monde, tandis que sa mère tend vers l’accomplissement du désir vital essentiel pour elle à ce moment-là: donner naissance.
L’accompagnement haptonomique représente pour certaines femmes la première occasion de découvrir la profonde sécurité que donne ce « sentiment de base » que procure le vécu du giron.
Elles découvrent ainsi, lors du cheminement de l’enfant, qu’elles accompagnent dans une communication affective (prélogique et prérationnel) et qu’elles ne l’abandonnent pas, même au plus fort de la douleur. Même si l’accouchement se révèle plus médicalisé que prévu, même si une césarienne s’impose, l’enfant se sent soutenu et non abandonné dans la solitude pour naître.
Quelle que soit la situation, sa mère peut le guider vers l’ouverture dans une attention intense faite de protection et d’amour.
[…]
Quand le lien a été structuré ainsi, dans la triade et la sécurité affective, le détachement de la mère et de l’enfant et l’entrée dans le maternage se font plus facilement. Pour bien comprendre l’effet libérateur de cette relation affective, sécurisante, qui ouvre le sentiment, lequel ouvre le chemin psychophysiologique de la naissance, il faut donc la placer dans un tout autre cadre que celui d’une préparation à la naissance ou d’une technique de plus, comprenant des exercices.
[…] Cet accompagnement de la relation affective entre parents et enfant doit impérativement se poursuivre après la naissance, par le travail postnatal. Ce que le nouveau-né a ressenti durant la grossesse a constitué tout un vécu affectif de présence et de rencontres dans un éprouvé de plaisir sensorimoteur et sensuel qui l’ont mis en appétit de relation.
Après le grand évènement que constitue la naissance, véritable solution de continuité dans sa courte vie déjà si riche en impressions, il a besoin de retrouver ses repères de sécurité. Il a perdu la connivence sécurisante avec sa mère, les rythmes de son cœur et de son souffle, la chaleur, le goût et la douceur des eaux amniotiques, les pulsations, le son, le contact et l’odeur du placenta et du cordon. Il découvre la fraîcheur de l’air sur sa peau, il expérimente la pesanteur qui n’est pas rassurante, ses yeux se heurtent à la lumière, et bientôt vont survenir la première faim, les difficultés digestives, les fesses mouillées et douloureuses, la solitude.
Face à toutes ces nouveautés, l’enfant a besoin de reconstruire une nouvelle sécurité. Il a besoin du bon-chaud des bras-voix entourant et du cœur tendre et rythmé de ses parents dans le portage postnatal. Il s’agit de ne jamais lui donner le sentiment qu’il est un objet qu’on déplace mais toujours celui d’un sujet qui se porte avec notre soutien.
Dès le giron maternel, cet accompagnement a sollicité l‘intentionnalité vitale de l’enfant, source d’un comportement affectif d’anticipation, instaurant désir et « courage de vivre ». C’est cela qu’il importe de poursuivre, sous peine de l’entraver et d’en amoindrir la richesse pour le développement ultérieur du soi et toute la palette émotionnelle de la création du lien ainsi initié.
La manière de porter un enfant est signifiante comme un langage. Un enfant, porté comme cela se fait habituellement dans nos cultures, sans invitation à se tenir et à se mouvoir par lui-même, reçoit implicitement une éducation valorisant la passivité, la soumission et l’inhibition de l’intentionnalité vitale. Autant de faits dommageables pour son développement psycho-affectif et sensorimoteur et, par conséquent, pour son intelligence dans l’acception la plus large du terme.
[…] L’accompagnement haptonomique autour de la naissance constitue pour l’être humain la première pierre angulaire de la construction de la « maison du soi », dans le réel de la corporalité animée de rencontre, la trinification symbolique précoce du lien et la continuité affective de la sécurité de base qui accompagne l’avant-pendant et l’après-naissance.
Lors des grossesse difficiles, l’accompagnement haptonomqiue se révèle très précieux et soutenant pour les parents et l’enfant. En plus de permettre le développement le plus favorable du potentiel de croissance du bébé, quelle que soit sa pathologie, dans la sécurité du lien avec ses parents, il devient thérapique et même psychothérapique.
Ainsi le vécu des parents lors des annonces de malformations, lors des menaces d’accouchement prématuré, etc, s’en trouve totalement transformé. Ils découvrent qu’on peut accompagner un enfant dans l’épreuve exactement comme on tient, jusqu’au bout, la main d’un enfant malade, même s’il est condamné. Grâce à quoi le deuil que les parents pourront faire de cet enfant sera différent, et c’est tout la fratrie déjà née, ou à venir, qui sera ainsi protégée d’un deuil impossible à faire.
On dispose de nos jours, d’une médecine fœtale très sophistiquée. Il n’est pas paradoxal, contrairement à ce qu’on pourrait croire, de concevoir un travail d’équipe entre ces praticiens et les haptothérapeutes. Quand cela se fait, dans le respect mutuel et dans le souci d’accompagner au mieux parents et enfants, on découvre alors une synergie étonnante entre l’efficacité technique mise en œuvre avec humanité et l’accompagnement affectif. Loin de se combattre, l’Affectif et l’Effectif deviennent complémentaire. On voit alors parents et enfants affronter ensemble les épreuves avec une certaine sérénité. Les parents sont aidés par le sentiment qu’ils soutiennent réellement leur enfant qui, lui, reste calme, n’ayant pas à affronter l’angoisse d’abandon dans ces moments difficiles.
Les séquelles psycho-affectives dans la triade et surtout chez l’enfant s’en trouvent étonnamment diminuées.

A lire sur le même sujet:
L’haptonomie ou la science de l’affectivité
L’haptonomie, comment ca marche…?

PARTAGER :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *