Evaluer (sans mesurer) pour accompagner l’actualisation des potentiels et des talents (1)

Première Partie

A vouloir trop soumettre le développement humain à l’instrument de la mesure (notes, objectifs, tests de personnalité), on rend difficile la lecture possible du où et comment s’actualise un potentiel. Personne n’aurait pu pré-dicter à l’aide de tests psychométriques la réussite des Churchill, Jobs, Zidane, Edison car la mesure amalgame le potentiel et les facultés tout en le référant à une valeur normative (norme sociale, éducative, ou encore de performance). Si l’actualisation d’un potentiel échappe à la mesure prédictive, son évaluation en situation favorise le déploiement progressif de la dite faculté jusqu’à sa manifestation remarquable (au sens du remarqué).

steve jobs 21 years old apple 1
 Steve Jobs : « C’est une vieille citation de Wayne Gretzky que j’adore : « Je patine vers l’endroit où le palet va être, et non vers là où il a été ». Et nous avons toujours essayé de faire cela chez Apple. Depuis le tout début. Et nous le ferons toujours ».
Evaluer sans mesurer 
« L’actualisation des potentiels et son investigation en terme
stratégique sont, du point de vue
Occidental, soit traitées par le biais du « technique »,
du « psychologique », du « métrique », du
« rationnel », de « l’intelligible », soit ignorées, non,
finalement par mépris ou déni, mais par incapacité d’accès à un outil de penser, de regarder, d’écrire, de parler permettant un tel travail ; notre
langue ne peut donner une « forme » intelligible à ce qu’elle ne
« voit » pas, et ce, bien qu’elle puisse le « regarder ».
C’est aussi, peut-être, la raison pour laquelle depuis 1905, l’échelle métrique
de l’intelligence est restée le seul modèle occidental non pour
« évaluer » les facultés des personnes, mais les mesurer en
éliminant, entre autres, les « variables ». Oserions-nous proposer
l’expression suivante : tout ce qu’affirme l’Occident est (la)
Vérité, mais rien ne prouve que cela soit (le) Réel (Richez 2015, p.114).
Jian

Comme le souligne Yves Richez dans ses travaux, rien
n’est moins psychométrique que cette évaluation du regard libérée de
tout préjugé. L’évaluation d’un potentiel, parce qu’elle n’est dominée par
aucune pensée abstraite, offre à saisir toutes les stimulations observables que
laisse affleurer un procès dynamique pour en favoriser la propension par
extension graduelle. Ce « regardé » spécifique à l’évaluation ne
bascule pas dans l’abstraction qui lui ferait perdre alors son aptitude à
recueillir les moindres suggestions du réel à fleur de sa physicalité. Se pose
alors l’écart entre « mesure » et « évaluation », en effet,
si la première idée se couple – de facto – avec la mathématique et en
conséquence le monde des idées qu’organise notre langue alpha-syllabaire, la
seconde s’apparie avec les fluctuations du réel, l’observable et l’écart entre
l’attendu – du point de vue d’un « principe », d’une compétence,
d’une tradition– et l’activité/l’action/le procès en cours. Ainsi l’évaluation
implique un moment et une position: d’où regarde-t-on ? pendant combien de
temps le fait-on ? à partir de quel « modèle » de pensée le
fait-on ? quels critères factuels sont mobilisés ?quelles compétences
sont requises pour évaluer et par conséquence l’expérience propre à conjecturer ?
etc. 
C’est pourquoi Yves Richez souligne l’importance d’appréhender la nuance suivante :« L’évaluation-supputation
désigne la faculté à appréhender les nuances, les fluctuations qui, dans
l’entre (il-y-a, il- n’y-a pas encore), entraîne de l’écart entre le résultat
escompté et le tendanciel constaté. Il ne s’agit (donc) pas d’une évaluation
amalgamée avec la validation-mesure au regard d’un connaissable : « il
sait faire un tableau Excel, il sait conduire un projet, il sait débourrer un
cheval, il sait négocier, etc. », car dans ces situations, on
« mesure » (par notation) ce que l’on considère être le (bon)
résultat, lui-même amalgamé avec la finalité attendue. Cet amalgame par lequel
la validation se fait est celui du connaissable normé : ce qui est vu correspond à la norme en
vigueur ; ainsi « on regarde pour
mieux voir » (2015, p.482). Pour
renforcer ce point, ce dernier s’appuie sur le sens chinois du verbe
« évaluer » (li, 理),
en effet, le glyphe « li » implique autant le principe d’une
dynamique tendancielle qu’une transformation. C’est pourquoi
« évaluer » oblige à une forme de scrutation du réel en cours afin
d’en appréhender la tendance (direction) ainsi que la transformation
(observable et/ou constatable).
Eymeric de Saint Germain

Bibliographie :
RICHEZ Y., Emergence et actualisation des potentiels
humains
, Mémoire de recherche, Université de Tours 2006, 399 p.
RICHEZ
Y., Stratégie d’actualisation des
potentiels, Qui-opère-selon-stratégie,
Thèse doctorale, Université Paris
Diderot, 2015, 972 p.
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